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Poème écrit par Adamantin

Retrouvailles

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Ils n'avaient connu d'elle que ses rides profondes
Même pas son seul prénom, qu’on n’entendait jamais
Voûtée par les épreuves, s’affairant dans son monde
Tandis qu’ils avaient grandi en l’appelant Mémé.

Sa maison minuscule, et le jardin tout autant :
Jamais elle ne quitta son royaume imposé
Ne parlant pas cette langue, isolée dans le temps
Traînant chaque souvenir dans sa démarche usée.

Elle choyait deux tortues, reflets de son grand âge
Du potager venaient des légumes inconnus
Ses yeux noirs brillaient parfois, s’évadant de leur cage
Partaient vers le fleuve d’où ils étaient venus.

La guerre l’avait chassée, le bateau amenée
Sur la terre natale de son mari défunt
Sa petite famille à l'ombre des Pyrénées
Avait grandi déchirée dans ce pays d’emprunt.

Cliché d’une ruelle, sépia d’une maison :
Le témoin d’une autre vie, ignorée par les siens
Pourtant à chaque voyage, au rythme des saisons
Ils cherchaient espérant toujours renouer le lien.

La mousson généreuse leur livra le trésor
L’image s’incarna quand ils franchirent le seuil
Retrouvant un matin ceux qui attendaient encore
Le retour de cette sœur retenue par le deuil.

Posée devant l’autel, dans les fumées de l’encens
Une jeune femme souriait depuis cent ans
Ignorant que très loin, dans un coin de notre France
Elle reposait pour toujours près de ses enfants.

Son prénom était Lan*, et elle était ma grand-mère
Plus vieille que le temps, elle ne pouvait savoir
Qu’un jour elle rentrerait, unissant les frontières
À vous tous qui me lisez, elle offre son histoire.
En vietnamien, le mot lan signifie orchidée.

Tous droits réservés © Poème posté le 22/09/2026 par Adamantin

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