Il était une fois
un loup ordinaire
qui marchait dans la forêt
et qui se sentait bien seul.
Ayant pris de l’âge,
il venait de perdre son dernier travail
et s’ennuyait.
Il passait ses journées à pleurer,
à chercher à se défendre.
Alors il décida
de changer de couleur.
La douceur
Il rencontra un drôle d’oiseau tout bleu
qui volait au-dessus des branches.
En le regardant,
il imagina plein de choses tendres
et son pelage prit une nuance bleue.
Il sentait la douceur
se poser sur lui.
Le chagrin
Plus loin,
il trouva une photo
d’une ancienne louve qu’il avait aimée,
toute froissée
et jaunie par le temps.
Il se pencha pour la ramasser.
Son dos devint tout sombre,
prit une teinte jaunâtre,
ses blessures qu’on ne peut guérir,
une grosse couture bizarre
qui se formait.
La lutte
Dans un grand champ tout vert,
il vit deux gros chiens énormes
qui se battaient.
Il sentit la force
de ceux qui refusent
de finir les genoux à terre
et de s’incliner.
Ses pattes devinrent rouge vif
et ses yeux lançaient des éclairs.
L’amertume
Une pierre ronde toute blanche
lui parla de son vécu
et de ses erreurs de conduite
par le passé,
de tout ce qu’il lui est passé à côté.
Son ventre devint tout blanc,
neutre, clair,
comme les actes qu’on regrette.
L’empathie
Il croisa un chat blessé.
Il le soigna comme il put
avec ce qu’il avait.
Son pelage se parsema
de tâches rosées,
comme ceux qu’on aide
sans se poser de questions.
Ses griffes grandirent
pour mieux donner
et tenir.
Le dégoût
Il vit un piège de fer
enterré au pied d’un sapin.
Son museau devint gris foncé,
la couleur de ce qui
nous rend amer.
Le bonheur
Un matin,
trois petits chiots
jouaient autour de lui.
Il rit malgré lui,
lui qui ne riait presque jamais.
Son dos s’illumina
de vert clair,
la couleur des instants
qui ne durent pas longtemps.
La misère
Il traversa un champ
sans rien,
comme un grand désert
où il n’y avait aucune vie.
Son ventre devint orange,
comme une grande chaleur
qui entoure tout le corps,
sans eau
ni âme qui vive.
L’abandon
Il attendit quelqu’un
qui ne vint pas,
comme ça,
en espérant qu’on vienne
le délivrer,
mais en vain.
Son ombre devint
plus longue que lui,
toute déformée.
Son pelage prit
la teinte noire
de celui qu’on laisse
au milieu de nulle part.
La solitude
Enfin,
il s’assit au sommet
d’une colline.
Il n’y avait personne :
ni devant,
ni derrière,
ni autour.
On n’entendait rien,
pas un bruit,
mais on pouvait voir la lune,
la seule lumière.
Ses oreilles
et son corps
prirent une couleur bizarre,
toute claire,
qui luisait dans la nuit
au fond des bois.
Quand il revint sur terre,
tous les autres animaux
le virent comme un loup commun,
semblable aux autres.
Il était
toutes les couleurs de la vie,
tous les sentiments
qu’il avait traversés,
toutes les vérités
qu’il avait osé toucher.
Et pour la première fois,
il ne voulut plus changer.
