Chaque soir, je choisissais ma chambre,
Dans chacune d’elles dormait une histoire :
Celle de la sorcière, où le miroir tremble,
Ou celle où tout est calme, secret et espoir.
Lorsque la nuit tombait, les poupées observaient.
J’avais peur qu’un soir elles se mettent à parler.
Les volets toujours ouverts,
Pour ne pas avoir peur des enfers.
Les codes étaient simples :
Pas de mot, pas un bruit.
Sinon, le loup pouvait venir des limbes,
De sous le lit, lorsqu’il jailli.
Mais le plus méchant
Était celui qui savait ouvrir les portes.
Un mouvement,
Et il emportait les enfants.
S’ils revenaient, ils étaient changés à jamais,
Car ce loup-là dévorait bien plus que de la chair et les dents.
Il dévorait l’âme.
Et c’était pire
Dans la tête d’une enfant.
Elles ont essayé, comme elles ont pu,
De me prévenir du danger,
Afin que jamais je ne sois dévorée.
Mais lorsque le temps leur a ouvert la porte,
J’ai fini seule, môme, dans ce foyer,
Sans voix pour me réconforter.
C’est l’innocence qui fut dévorée.
À travers les mythes et les légendes,
En passant par les cultures et les traditions,
Il y en a partout dans ce doux monde,
Des loups cachés sous d’autres apparences.
Peut-être en avez-vous croisé sans le savoir,
Dans une maison voisine.
Pas toujours besoin du noir :
Ils savent retrousser leurs babines.
Lequel des loups est-il le plus féroce ?
Celui que l’on chasse,
Ou celui que l’on enferme ?
Celui que l’on croise et qui roule sa bosse,
Pendant que ses petites victimes restent dans l’ombre, enfermées ?
Mon loup à moi était un homme.
Et ce loup-là était un animal.
Il a fait bien des victimes, et pourtant,
Personne n’en a fait un roman.
Un loup-garou, c’est quoi ?
Une bête cachée sous la peau d’un homme ?
Pour moi,
Mon Bleiz-den,
C’est ça.
