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Poème écrit par Gonzague

Drôle d'époque

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Drôle d’époque

L’hiver, cet assassin habillé de blanc sévit depuis des mois
Chaque matin, un pauvre est découvert le long des routes
Le corps gelé, pétrifié comme la pierre, le regard d’un fou
Apeuré par la main froide qui s’est penchée sur sa vie

Combien sont-ils, ces misérables, à traîner comme lui
Et moi qui ne suis qu’un pauvre paysan sans le sou
Je dois partir pour nourrir ma femme et mes enfants
Quitter ma chaumière pour trouver de quoi subsister

Les chemins ne sont pas sûrs, les écorcheurs sont là
Ces bandes de mercenaires et d’anciens soldats
Détrousseurs de passage, meurtriers et violeurs
Et avant tout pilleurs de villages et de fermes

Et la forêt n’est pas non plus sans danger, bien pire
Il est facile de se perdre ou de se faire attaquer
Ce que je crains le plus, ce sont les meutes de loups affamés
La vie ne vaut pas grand-chose et encore moins la mienne

Ironie

Je le sais, je ne vais pas me mentir, je vais mourir
Crever sur le bord de ce chemin, comme une bête
Quelle ironie ! J’ai mal ! J’ai reçu un coup de poignard
D’un plus pauvre que moi qui voulait me détrousser

Il m’a surpris, il est sorti d’un fourré en hurlant
Donne-moi ton argent et vite, sinon tu vas voir
De quel bois je me chauffe ! Un couteau à la main
Il m’a menacé, je n’ai rien sur moi, lui dis-je

Il m’a demandé de me déshabiller, d’enlever mes frusques
Il a fouillé dedans sans rien trouver ou presque, deux sous
De rage il m’a rendu la monnaie, sa lame dans mon ventre
Et il s’est enfui de rage en plein cœur de la forêt dense

Et moi, j’ai les tripes à l’air, je me vide de mon sang
Personne pour me secourir, je n’ai que trente ans
Une femme et trois enfants, ils seront orphelins
Ma compagne veuve, j’attends la venue des loups


Les pourceaux

Je suis ce cadavre qui se décompose sur le chemin
Bouffé par les nécrophages de tous acabits
Ils ont le ventre gras et plein, les vauriens
Ils se régalent de mon corps, le buffet est ouvert

Ma femme et mes enfants ont été expulsés
De la pauvre masure où nous vivions, un taudis
Ils errent dans le village comme des chiens errants
Le ventre creux, les joues creuses, vêtus de guenilles

Pour quelques sous, la mère se prostitue pour survivre
Offrant son corps décharné à des gueux en rut
Ils s’acharnent tels des verrats entre ses cuisses
Et elle détourne le regard en priant que ça cesse

Elle remonte sa robe pleine de boue, l’acte fini
Elle enlève le sperme qui a coulé sur ses jambes
Elle a envie de vomir, même de tuer ces pourceaux
Au moins, ce soir, sa marmaille et elle vont manger

Les pauvres

Et les mois passent, la mère est malade et alitée
Pas les moyens de faire venir un charlatan de médecin
Elle tousse et crache de mauvaises humeurs
Elle meurt sans dire au revoir à ses rejetons

Et eux à peine sortis de l’enfance, les pauvres
Des gueules de futurs gibiers de potence
Ils font la manche pour un bout de pain rassis
Ils ont l’air de déchets, juste bons à être jetés

Alors ils s’accrochent comme des morpions à la vie
Tout est bon pour ne pas passer l’arme à gauche
Ils sont prêts à tout, à chaparder sur un étal
Ou à voler la vieille écuelle d’un chien miteux

Ils se font ramasser par les gens d’armes du roi
Entassés avec les voleurs et les arnaqueurs
Les rats partagent la paille pleine d’excréments
Je descends de ces gens, ce sont mes ancêtres

Tous droits réservés © Poème posté le 20/08/2026 par Gonzague

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