Si l’amour nous aveugle à l’heure de l’éclipse,
Il brûle quand Phébus le foudroie de ses feux,
Aussi a-t-il besoin d’un repaire ombrageux
Pour se perpétuer, transporté par les Nixes,
Si l’amour est aveugle, ébloui par le ciel,
Au miroir qu'y voit-on sinon sa propre image?
Ne faudra-t-il donc pas au bout d'un long voyage
Dépouiller son regard des mirages cruels,
Aveugles sans amour dans la nuit des naufrages,
Fantômes de l’Hadès, gémissant et sans âge
Qui se heurtent parfois sous les vents exaltés
Pour s’oublier bientôt par la brume emportés,
Nous aveuglons l’amour quand nous l’emprisonnons
Avant de l’exposer aux bûchers des passions
Comme une fleur de lune, il croît dans le secret,
Son parfum délicat charme l’éternité.
