Les visiteurs 4 : Panique à Saint Tropez
1
La Côte d’Azur n’était pas prête !
Le film invisible… que vous verrez quand même.
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Votre cerveau est la salle de cinéma.
Votre imagination est le projecteur.
Notre texte est la bobine.
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Installez vous.
Respirez.
Laissez défiler.
La séance commence.
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« Pas encore tourné.
Pas encore produit.
Déjà culte. »
« Le premier drame poétique tragico comique de science fiction…
projeté directement dans votre esprit. »
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PROLOGUE
Spectateurs de ce soir, préparez vos esprits,
Car l’on va vous servir un chaos bien compris.
Ouvrez vos yeux secrets, vos songes en goguette :
Le film commence ici… sans caméra, mais chouette.
Vous verrez des gendarmes courir sans direction,
Un OVNI zigzaguer, nu, fou, sans conviction,
Des touristes hurler fort, des parasols en fuite,
Et deux fous du Moyen Âge accourir tout de suite.
Ce soir, pop corns fidèles, attachez vos fauteuils,
Car les héros fantasques vous en mettront plein l’œil.
Un film d’action sans risque, un éclat de mémoire :
Goddefroy de Montmirâlle… Jacquouille, sans espoir.
Ils reviennent, toujours fous, toujours un peu brillants,
L’un droit comme un vieux chêne, l’autre fripon piaillant.
Et vous, braves spectateurs, devenez l’écran couleur :
Votre esprit est la salle — la séance démarre… moteur !
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L’écran présente une grande salle de théâtre.
JACQOUILLE surgit en trébuchant, du papier encore vide, comme un acteur curieux derrière la courtine.
GODDEFROY le rattrape par la capuche.
GODDEFROY — Reviens ici, manant, ça n’a pas encore commencé !
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ACTE I — LE DÉRÈGLEMENT TEMPOREL
Une plage de Saint Tropez. Soleil écrasant. Musique trop forte.
Des touristes s’aspergent de crème solaire comme s’ils repeignaient une façade.
Un drone passe en bourdonnant.
Soudain : un éclair bleu. Une détonation molle.
On entend au loin deux voix :
LES VOIX — Messire ! Messire ! Montjoie, si je faiblis !
Goddefroy de Montmirâlle et Jacquouille Nonpaslala-Fripouille apparaissent dans le ciel tournoyant, tombant dans le sable comme deux sacs de patates médiévales — fort heureusement sans aucune blessure ni conséquence néfaste sur leur fonctionnement habituel.
Ils se relèvent au milieu d’une plage bondée qui semble n’avoir encore rien remarqué d’anormal.
Un ballon gonflable rebondit sur la tête de GODDEFROY.
JACQOUILLE le rattrape avec les dents, fier comme un chien de chasse.
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GODDEFROY (se redressant, furieux, horrifié par les parasols fluo)
Par la barbe du Christ, quel est donc ce royaume ?
Ce sol brûle mes pieds, et l’air sent le goudron !
Est ce là quelque enfer où l’on grille les âmes ?
Ou quelque champ de foire ? Ou encore la potion !
JACQOUILLE (ébloui, ravi mais secoué)
Oué, Messire, c’est ben beau ! C’est ben chaud ! C’est ben l’pied !
Regardez ces gueux nus, tout huilés, tout bronzés !
GODDEFROY (solennel, outré)
Par ma foi, Jacquouille… quel étrange horizon !
Ces gens demi vêtus grouillent comme un chaudron.
Ils s’enduisent d’huile fade et cuisent sous la flamme
On dirait des jambons où la bonne graisse se pâme.
Un baigneur aux longs cheveux secoue sa tête brusquement pour sécher ses oreilles et asperge d’eau tout autour. GODDEFROY, arrosé, sursaute.
JACQOUILLE (ravi, grotesque)
Oué, Messire, c’est l’royaume où l’on fait rien d’l’été !
Regardez l’gros là bas : y s’retourne pour dorer.
On dirait un poulet qu’on tourne à la ficelle,
Sauf qu’lui, quand il crépite, y’a personne qui l’appelle !
JACQOUILLE imite un poulet qui tourne. Il tourne trop vite, tombe.
GODDEFROY (le relève par la capuche)
Relève toi, vil gueux, cesse donc tes simagrées !
Un enfant lance du sable sur GODDEFROY.
JACQOUILLE applaudit comme au théâtre.
GODDEFROY (furieux, secouant son armure)
Par Sainte Rolande ! Qu’on me donne un bouclier !
Ce marmot m’a jeté là un sort de sorcier !
JACQOUILLE (plié de rire)
Mais non, Messire, c’est l’jeu des gueux d’ici :
Ils s’balancent du sable partout — et ben, ça les ravit !
JACQOUILLE ramasse du sable, souffle dessus : tout lui revient dans les yeux.
GODDEFROY (hautain)
Tu vois, pauvre gredin, ton art te châtie fort.
JACQOUILLE (à moitié aveugle)
J’crois qu’le sable, Messiiire, ici pique comme la mort !
GODDEFROY se redresse, indigné.
JACQOUILLE, les yeux plissés, salue la foule comme une star locale.
Personne ne le regarde. Il insiste. Toujours personne.
JACQOUILLE (vexé)
Messire… j’crois qu’ces gueux m’ignorent exprès, c’est sûr.
GODDEFROY (froid)
C’est qu’ils ont du bon goût… pour une fois, je te jure.
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ACTE II — LA RÉVÉLATION DES INFLUENCEURS
La plage explose soudain en cris.
Une femme glisse sur une tong comme sur une peau de banane.
Un homme tombe dans une glacière et en ressort coiffé d’un bac à glaçons.
Les téléphones s’allument comme une armée de lucioles hystériques.
LA FOULE (en transe, totalement hors de contrôle)
Les Visiteurs ! Les Visiteurs !
Faites un dab ! Un cœur ! Un moonwalk ravageur !
Un duckface ! Un truc fou ! Quelque geste vainqueur !
GODDEFROY (paniqué, tournant sur lui même)
Jacquouille… par les saints… vois tu ce charivari ?
Ces gueux nous encerclent tels des poules sans esprit !
Ils brandissent des miroirs plus brillants que des torches…
On dirait qu’ils voudraient nous cuire à la broche !
JACQOUILLE (déjà en train de poser, bouche en cul de poule)
Oué, Messire, c’est des “smartfones”, des boîtes à lumière !
Ils s’en servent pour s’peindre eux mêmes — toute la journée entière.
Regardez, j’fais l’pigeon… hop ! L’pigeon ! Le p’tit pigeon !
Ah ! Y’a trente gueux qui là m’imitent. C’est génie ! C’est trop bon !
Il enchaîne des poses absurdes.
Les loups… Houuu ! La grenouille… wouak wouak, on sautille en douceur !
Messire, c’est grand spectacle ! Je suis… le Grand Meneur !
GODDEFROY (paniqué)
Assez, maraud ! Ton cirque est pire que les fous !
Ces gueux nous encerclant nous prendront pour des loups !
JACQOUILLE (toujours en pose)
Que nenni, noble Sire ! Eux, ils aiment tout cela !
Regardez leurs sourires : on est rois d’la fiesta !
GODDEFROY (horrifié)
Oh, par saint Grégoire, ce siècle sans manières !
Ces gueux veulent des jouets, du rire et de la bière !
On dirait qu’un fou mage les a tous ensorcelés
À rester cul nu là, au soleil, à griller leur cervelé !
Un influenceur surgit en glissant sur une serviette,
fait un triple salto involontaire, atterrit sur un coude,
mais garde le téléphone parfaitement cadré.
INFLUENCEUR (en live, voix stridente)
Mes abonnés ! Mes amours ! Mes pépitos sacrés !
Regardez ! Deux acteurs trop rétros, trop stylés !
Ils sont trop bien déguisés ! C’est eux, Les Visiteurs !
Hashtag #MoyenAgeSurLaPlage, hashtag #CoeurCoeurCoeur,
Hashtag #JeSaigneDuCoude, hashtag #CestLaVieMonFrèreM’Soeur.
GODDEFROY (offensé, tirant son épée)
Que nenni, vil faquin ! Je suis Goddefroy, moi même !
Je ne suis point bouffon pour vos miroirs suprêmes !
Rendez moi mon destrier ! Qu’on s’en aille d’ici !
Et cessez ces grimaces qui sentent la diablerie !
JACQOUILLE (se recoiffant avec un coquillage)
Oué, Messire… faites pas vot’ tête de jambon sec.
Un p’tit sourire, un clin d’œil… et hop ! Vous êtes au nec !
Vous êtes célèbre ! Vous êtes tendance, ô Sire !
Vous êtes… Goddefroy de Tokmirâle, pour vous dire !
La foule hurle, persuadée d’assister à un sketch historique.
Un touriste lance un parasol comme un javelot.
Un autre tente un selfie avec son pied.
LA FOULE
Encore ! Encore !
Faites un TikTok ! Un truc !
Jacquouille, une p’tite grimace, un sourire, qu’on palpite !
Goddefroy, vous solennellement, sortez c’génie qui vous habite !
Goddefroy recule, horrifié.
Jacquouille fait un dab catastrophique.
La foule applaudit comme si elle assistait à un miracle.
JACQOUILLE (flatté, minaudant)
Oué, mais Messire… fais un p’tit sourire, un clin d’œil,
Et hop ! T’es célèbre ! T’as la gloire et l’orgueil !
La foule applaudit.
Jacquouille fait une révérence grotesque,
se prend un drone dans la tête.
Goddefroy sort son pied de la glacière, couvert de glaçons, furieux.
GODDEFROY (claquant des dents)
Par tous les saints du ciel… ce siècle est un enfer !
JACQOUILLE (hilare)
Ben oué, Messire… et encore, c’est qu’l’premier hiver !
La plage est désormais en délire total.
Des drones bourdonnent comme des moustiques géants.
Un touriste tente de jongler avec trois bouteilles de crème solaire.
Un autre se filme en train de tomber dans un château de sable.
GODDEFROY (terrifié, se protégeant avec un parasol)
Jacquouille… par le ciel… ce siècle est possédé !
Ces gueux courent en tous sens, comme bêtes sans idée !
Ils hurlent, ils se filment, ils dansent, ils nous poussent,
Et leurs boîtes à lumière font trembler en secousses !
JACQOUILLE (ivre de joie, debout sur une glacière)
Oué Messire, c’est la fête ! C’est l’grand bal des écrans !
Regardez, j’fais l’poulet… hop ! P’tit poulet dans l’vent !
Y’a cent gueux qui m’imitent, vraiment c’est magique !
J’suis l’maître des grimaces ! Un prophète numérique !
Un drone passe trop près : Jacquouille l’attrape avec les dents.
La foule hurle de joie.
LA FOULE
Encore ! Encore ! Encor !
Jacquouille t’es magnifique, t’es le roi du décor !
Prenez la pose ensemble, que le monde en profite !
Goddefroy, l’épée est lourde ? Frappez ce drone, plus vite !
GODDEFROY (au bord de l’évanouissement)
Par Sainte Rolande, assez ! Ce vacarme me tue !
On dirait que ce siècle a perdu toute vertu !
Ces gueux, cul nu au vent, grillent leur cervelle entière,
Et prient leurs faux miroirs comme idoles de pierre !
Un influenceur surgit en courant, trébuche sur une pelle,
fait un salto involontaire, retombe sur un genou,
mais garde son téléphone parfaitement cadré.
INFLUENCEUR (en live tout excité)
Mes abonnés ! Mes amours ! Mes pépitos sacrés !
Les puces en l’air ! Deux légendes ! Deux héros égarés !
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GODDEFROY (tirant son épée imaginaire — car ici, on est dans un poème)
Que nenni, vil faquin ! Je suis Goddefroy, moi même !
Je ne suis point pantin pour vos miroirs suprêmes !
JACQOUILLE (se recoiffant la perruque avec un peu de sable)
Nous sommes tendance, Sire ! Vous êtes l’roi du pixel !
Messire Goddefroy et Jacquouille, deux génies immortels !
LA FOULE
Encore ! Encore ! Un TikTok ! Un selfie ! Un reel !
La foule explose en cris.
Un touriste lance un parasol comme un javelot.
Un autre tente un selfie avec son pied.
Un troisième tombe dans un seau et reste coincé.
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ACTE III — L’APOCALYPSE DE LA PLAGE
La plage se fige soudain comme un tableau antique.
Le soleil se voile d’une éclipse de lune, refusant d’assister à la suite.
Les téléphones s’élèvent tels des cierges numériques.
Le vent se lève, chargé d’un souffle venu d’un autre âge.
GODDEFROY (tragique, voix de fin des temps)
Ô siècle dévoyé ! Ô peuple sans mémoire !
Vous livrez vos esprits à l’ombre illusoire !
Vous vénérez des feux sans vertu ni raison,
Et perdez votre âme en cette funeste saison !
Il lève les bras vers le ciel, prophète abandonné.
Sainte Rolande, éclairez moi ce temps maudit !
Pourquoi ces gueux brandissent ils ces miroirs tout petits ?
Est ce là leur magie ? Leur sorcellerie d’acier ?
Un sort de faux soleil pour mieux nous enchaîner ?
Jacquouille surgit tel un prêtre fou, tenant des lunettes fluo comme une relique sacrée.
JACQOUILLE (gouailleur, mais grandiloquent)
Oué Messire, faut pas faire vot’ tête de tombeau !
Ici, si t’es pas fun, t’es déjà mort, mon beau !
C’est l’règne du soleil, du bruit, du grand délire :
Si t’suis pas la vague… ben, tu t’fais engloutir !
Il pose les lunettes fluo sur le nez de Goddefroy comme on couronne un roi déchu.
La foule explose en un cri quasi religieux.
LA FOULE (en chœur, peuple heureux en transe)
Godefroy ! Godefroy ! Jacquouille ! Jacq’ouiiiille !
Soudain, le vent hurle.
Le sable se soulève en tempête mythologique.
Les parasols s’arrachent du sol, dragons multicolores.
Les serviettes tourbillonnent comme étendards de guerre.
UN VACANCIER (hurlant, persuadé d’être dans l’Apocalypse VI — le météorite)
C’est un filtre Snapchat !
C’est un filtre Snapchat !
On est dans une story ! On est dans une story !!!
La foule panique, rit, se filme, trébuche, se relève, retombe.
Goddefroy tente de se protéger derrière une bouée licorne qui hennit comme un destrier possédé.
Jacquouille ouvre les bras comme un prophète du chaos.
JACQOUILLE (extatique, voix de fin du monde)
Regardez, Messire ! Même l’ciel fait des p’tits tonneaux !
On dirait qu’les dieux d’là haut ont mis l’mode “effets spéciaux” !
GODDEFROY (à moitié enseveli sous le sable)
Par tous les saints… que cesse cette diablerie !
Je veux rentrer chez moi ! Je veux ma chevalerie !
La tempête s’arrête net.
Un silence sacré tombe sur la plage.
Puis, dans un geste divin d’humour cruel,
un parasol solitaire retombe sur la tête d’un vacancier.
La foule éclate de rire comme un chœur antique détraqué.
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ACTE IV — L’ULTIME APPARITION
Le sable retombe.
Un vieux sage apparaît, assis sur une glacière, mangeant une pêche.
LE VIEUX SAGE (prophétique, ironique)
Mais regardez, ignares : ce ne sont point les mêmes,
Ceux là portent le Verbe et marchent comme en Poèmes.
Ils vont dans votre siècle, en âmes égarées,
Et voyez l’épée lourde qu’il peine à soulever.
LE FAN EXCITÉ (voix haute, convaincu, en filmant le sage pour le live)
Mais non, j’vous dis, j’vous jure : c’est eux, Les Visiteurs !
Je reconnais l’allure de ces deux grands acteurs.
Et puis, comment vous dire…
(il murmure, discret)
« Jacouill’, quel délire… ne pue pas des pieds ! »
LE SAGE (l’ignorant complètement, s’adressant à la foule qui l’ignore à son tour)
Vous ne voyez donc rien, troupeau sans vision claire ?
Ces deux là sont poètes, voyageurs de lumière.
Ils parlent en vers nobles, en rimes ciselées,
Pas comme vos faux idoles tout juste déguisés.
LE FAN (excité, énergique, persuadé d’être le seul à comprendre)
Mais si, mais si, j’vous dis, j’les ai vus à la télé !
Ils faisaient « houhouhihi », j’vous jure, c’était stylé !
Regardez leurs guenilles : c’est pile les mêmes habits,
Et Jacquouille, là, j’vous jure, il m’a fait « l’ooh, kiki » !
Un grondement.
Un OVNI descend en tournoyant comme une crêpe.
GODDEFROY (épique et ridicule)
Jacquouille, vois tu ça ? Ce char des cieux lointains !
Il vient nous emporter vers un destin prochain !
C’est sûrement le mage, qui a dû nous l’envoyer.
Bénit soit il, par saint George, il nous aura sauvés !
JACQOUILLE (surexcité, heureux)
Ouééé Messire, on vole ! On vole pour de vrai !
C’est mieux qu’les manèges, j’vous jure, c’est parfait !
Ils montent dans l’OVNI en se cognant la tête.
L’OVNI repart en zigzag...
LE SAGE (mystique)
Ainsi vont les poètes, voyageurs égarés,
Qui traversent les âges sans jamais s’arrêter.
Ils quittent notre monde pour un ciel étoilé,
Et laissent dans nos cœurs un vide… vite remplacé.
Rideau.
La foule applaudit.
Un vacancier crie : « C’était trop bien, on revient demain ! »
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ACTE V — LES GENDARMES DÉPASSÉS
L’OVNI vient d’aspirer Goddefroy de Montmirâlle et Jacquouille Nonpaslala Fripouille.
La lumière retombe. Le silence se fait.
Puis… deux gendarmes émergent d’un tas de serviettes où ils avaient été projetés.
GENDARME 1 (outré)
Mais t’as vu cette bagnole ? Elle vole sans permis !
GENDARME 2 (un peu sonné, se tenant la tête)
Elle a grillé l’espace, le ciel et…
GENDARME 1 (lui coupe la parole, énervé)
… l’infini !
GENDARME 1 (cherchant ses lunettes dans le sable)
Son numéro, guignol, tu l’as noté au moins ?
GENDARME 2 (se frottant l’œil)
J’ai rien vu, c’est l’parasol… m’a frappé l’œil au coin !
GENDARME 1 (ouvrant son carnet d’amendes)
Bon… j’sors mon beau carnet, faut faire les choses bien :
Le chauffard et l’autre… se sont envolés, hein ?
GENDARME 2 (regardant le ciel, très sérieux)
Ouais chef… envolés… mais alors très haut, envolés.
Délit d’fuite galactique… c’est dans quel cahier ?
GENDARME 1 (griffonnant n’importe quoi)
Bah… on improvisera : « Infraction intersidérale ».
Ça sonne bien, c’est classe… ça fera foi au tribunal.
GENDARME 2 (soudain inquiet)
Chef… vous croyez qu’ils avaient leur gilet jaune avec ?
GENDARME 1 (catastrophé)
Nom d’un képi ! Une prune ! La prime, envolée, sec !
Ils repartent en courant, poursuivant un OVNI imaginaire,
en trébuchant sur une bouée licorne.
La foule les regarde partir, mi hilares, mi consternés.
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ACTE VI — P.S. À LA GENDARMERIE
L’OVNI a disparu.
Les gendarmes, couverts de sable, rentrent penauds à la brigade.
Lumière blafarde. Machine à café en panne.
Une mouche tourne autour d’un képi.
NARRATEUR
P.S. — À la gendarmerie, ce soir, grand charabia :
Deux gendarmes affirment voir « Les Visiteurs 4 », quoi ?!
Les deux gendarmes entrent, décoiffés, encore tremblants.
GENDARME 1 (affolé, moustache vibrante)
Mais t’as vu cette bagnole ? Elle volait sans permis !
GENDARME 2 (encore un peu sonné)
Elle a grillé le ciel… dans le sens interdit !
GENDARME 1 (cherchant un stylo)
Son numéro, guignol, tu l’as noté, dis moi ?
GENDARME 2 (se tenant l’œil et la mâchoire)
Non chef… j’ai rien vu… l’parasol m’a eu, ma foi…
GENDARME 1 (ouvrant son carnet d’amendes)
Bon… j’sors mon bon carnet, faut faire les choses carrées :
Le chauffard et l’autre gueux… se sont bien envolés !
GENDARME 2 (levant les yeux au ciel)
Chef… je vous confirme encor’… mon rapport : « très envolés ».
On mettrait “fuite spatiale”… ou “engin non homologué” ?
GENDARME 1 (griffonnant solennel dans le carnet)
Bah… on improvisera : “Objet volant non déclaré”.
Rajoutons délit d’fuite… ça fera foi lors du procès.
Ils hochent la tête, convaincus de leur génie administratif.
GENDARME 2 (soudain inquiet)
Chef… pardon, je vous rappelle, sans leur gilet jaune, au fait ?
GENDARME 1 (catastrophé)
Nom d’un képi ! L’infraction ! C’est bien noté pour l’enquête !
Ils se regardent, dépités. Silence.
GENDARME 2 (philosophe malgré lui)
Chef… vous croyez qu’on doit prévenir la préfecture…
GENDARME 1 (sombre, sûr de lui, comme un vrai chef)
Non. D’abord… la presse locale, à cette heure, c’est plus sûr.
VOIX OFF
Oh là là là… la bavure…
Rideau.
La machine à café explose dans un « PCHHHH » misérable.
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INTERMEZZO PROSAÏQUE — Article de la Presse Locale
TITRE :
PANICHE SUR LA PLAGE : DEUX ACTEURS ÉMÉCHÉS, UN BALLON MÉTÉO ET DES GENDARMES DÉPASSÉS
Sous titre :
Non, ce n’était pas un OVNI. Oui, les gendarmes ont encore confondu.
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Le Courrier du Littoral – Édition du soir
Hier, en fin d’après midi,
un incident pour le moins cocasse a agité la plage municipale.
Selon plusieurs témoins — dont certains encore « émotionnellement imbibés » — deux individus costumés auraient été « enlevés par un vaisseau spatial ».
Après enquête, la rédaction tient à rassurer la population :
il ne s’agissait que de deux acteurs amateurs, manifestement éméchés,
qui répétaient une scène de théâtre de rue
« un peu trop immersive ».
Le prétendu « OVNI » n’était en réalité
qu’un banal ballon météo,
arraché de son câble
par une rafale de vent saharien.
Le phénomène lumineux observé serait dû
à la réflexion du soleil sur la toile plastique,
et non à une quelconque propulsion extraterrestre.
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Les gendarmes ? “Fatigués, mais de bonne foi”
Deux gendarmes présents sur les lieux affirment avoir vu
« un engin volant non identifié repartir en zigzag dans le ciel ».
La préfecture précise toutefois que :
« Les agents avaient été exposés à une forte quantité de sable et de chaleur,
ce qui peut altérer temporairement la perception. »
Traduction :
ils ne savent pas ce qu’ils racontent.
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Les deux acteurs introuvables
Les deux comédiens — dont l’identité reste inconnue —
auraient quitté la plage « dans un état d’excitation avancée »,
selon un témoin qui les aurait vus « imiter des animaux puis des bruits de fusée ».
Aucune inquiétude à avoir :
ils auraient été aperçus plus tard,
en train de demander leur chemin à un distributeur de glaces.
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ACTE VII — LA RADIO LOCALE
*Vue d’un drone au dessus de la plage bondée jusqu’au toit de la radio locale.
La caméra descend en plongée accélérée, traverse le toit, les parois, les structures internes,
les molécules, les atomes, les particules sous quantiques qui s’accélèrent comme au CERN, puis…
tombe, avec le morceau de sucre dans la tasse…
d’un journaliste local, micro en main, devant un panneau :
« Le Courrier du Littoral – Édition Spéciale ». *
LE JOURNALISTE 1 (ouvre l’antenne, ton grave, solennel)
Mesdames, Messieurs, chers auditeurs du Littoral,
voici notre édition spéciale — très spéciale — de ce soir !
Un incident étrange a secoué la plage municipale aujourd’hui :
deux individus costumés auraient été “enlevés par un OVNI” !
Il lève un sourcil sceptique.
LE JOURNALISTE 2 (ironique)
Après vérification — sérieuse, et complète bien entendu —
la rédaction tient à préciser que les deux individus
étaient simplement deux acteurs possiblement éméchés,
répétant une scène de théâtre dans le sable de l’été.
Aucun voyageur de l’espace — qui bien sûr n’existent pas —
juste deux artistes intra terrestres… et trébuchants sur leur pas.
Il consulte une feuille froissée.
LE JOURNALISTE 1 (professionnel mais moqueur)
Quant au prétendu “vaisseau spatial”,
il ne s’agissait que d’un banal ballon météo du littoral,
emporté par une rafale de vent sub saharien
qui amène parfois ces poussières, « Mama Mia », en italien !
Il prend un air faussement compatissant.
Les lumières observées seraient dues seulement, logique…
à la réflexion du soleil sur la toile en plastique.
LE JOURNALISTE 2 (soupirant, moqueur)
Les deux gendarmes présents sur place affirment avoir vu
“l’engin volant repartir en zigzag” ?!
La préfecture précise sur son site TikTok, hashtag :
« Les agents, en habit d’hiver (!) — budget en restriction —
avaient, sous l’effet de serre, subi une forte exposition.
Trop de chaleur et de sable, même sans aucune consommation,
peuvent transformer ces gens aimables en troublés de la vision. »
Il range ses notes, satisfait.
LE JOURNALISTE 1 (conclusion officielle, voix toujours grave)
La mairie, sur sa feuille blanche à l’entrée apposée, rappelle que
en toute circonstance, l’analyse a son importance,
sémantique et logique :
• les ballons météo ne sont pas des OVNI,
• les gendarmes ne sont pas des experts en aéronautique,
• les artistes de rue ne doivent pas boire avant leur performance,
• et l’on respecte tous la loi en France.
*Il sourit à la caméra pour le live « YouTube ». *
LE JOURNALISTE 2 (ironique et amusé, final burlesque)
Fin de l’incident. À la fête,
retournez tous dans l’eau !
Pour refroidir bien vos têtes,
mettez d’la glace au seau !
Musique légère — grand hit d’été, style : lala li lala la…
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SCÈNE DE CLÔTURE — Le Rapport Final du Gendarme Chef
La musique s’arrête brusquement.
Elle est remplacée par un bourdonnement lourd.
Bureau de la gendarmerie. Ventilateur cassé. Chaleur écrasante.
Un gendarme dégouline de sueur, assis à cheval sur sa chaise,
penché sur un vieil ordinateur qui grésille.
On retrouve le Gendarme 1 des actes V et VI.
LE GENDARME (dépité, transpirant)
Moi, je veux bien, mais on n’est pas bête…
Dites moi alors pourquoi
j’ai entendu c’fameux “poètes”
dire « OK, Messire, Montjoie ! »
Ils viennent bien d’une autre époque…
Plus personne ne parle en vers !
C’est une drôle d’histoire loufoque…
C’est qui ce Jacques à l’envers ?
Il tape : « Ma cheffe : le rapport final. »
LE GENDARME (récitant comme un poème administratif)
Des phénomènes étranges que, hier soir, l’on a vus, tous constatés,
il y avait forte ressemblance au vrai Godefroy… et mon… Clavier !
Il tape frénétiquement. L’ordinateur fait un bruit de casserole.
(soupirant, mais appliqué)
Objet volant suspect, sans plaque, rapplique en zigzag,
Deux individus volants, sans casque… ni gilet, vidéogag ?
Il secoue la souris, qui ne répond plus.
LE GENDARME (résigné)
Conclusion :
« Probable hallucination subtile due à la chaleur estivale ?! »
Versus…
« Deux acteurs éméchés, en fuite intersidérale ?! »
« Ils avaient une drôle de façon de parler et de rimer… »
Il efface vite la dernière phrase.
« Il vaut mieux en rester simple : c’est sûrement… le vent d’été ! »
Il signe d’un geste dramatique, comme s’il scellait un traité de paix galactique.
LE GENDARME (fermant le dossier, philosophe)
Voilà. Fini. L’rapport final.
…………………………………………………….
Mais j’sens un drôle de truc… comme une envie bizarre.
Parler en rime à la cheftaine, du fond du cœur, dès ce soir…
Qu’ils reviennent… ou pas… m’en fous, je vais me faire un peu beau.
Puis, tant pis, je tente ma chance… je l’invite au resto.
(et pour me faire enfin bien voir, je vais lui raconter l’histoire…)
Sûrement qu’elle va me croire :
— Ils ont des OVNI à la Météo !
(vers son collègue qui roupille dans son coin, les pieds sur le bureau)
— Didier, tu gardes la boutique !
Surtout, ne joue pas au Zorro !
Je travaille ce soir le rapport.
Puis jusqu’à demain, dodo.
Il éteint l’ordinateur, qui s’éteint dans un « PLOP » ridicule.
La lumière baisse. Rideau.
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FIN — THE END
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ÉPILOGUE
Ainsi c’est fini le film, l’histoire, rangez donc vos parasols,
Les drones sont fatigués ce soir, les gueux rentrent au pas, au bol.
Le sable a tout collé ensemble, les glacières vides sont bancales,
Et l’OVNI, quelque part, il fait dodo dans les étoiles.
Godefroy, dans l’espace, râle contre les constellations :
« Par saint Georges, Jacquouille, c’est quoi encor’ cette potion ?! »
Et Jacquouille répond : « Oué Messire, la potion c’est ben magique !
Regardez, j’fais l’poulet… hop ! L’pou poulet cosmique ! »
Pendant qu’ils font les fous ensemble, dans le vide intersidéral,
Les gendarmes, eux, travaillent, flambent, un rapport… phénoménal :
« Objet volant suspect », « fuite galactique », et « zigzag »,
Et l’un dessine un ballon, en forme d’assiette dans l’vrac.
La foule s’en fout, pas d’problème, elle veut juste un replay,
Un TikTok, un défi, ou même ce génialissime « O keey ».
Et le vieux sage soupire de loin : « Bande de têtes de piafs…
Vous avez vu des vrais poètes… et vous filmez que leurs baffes. »
Ainsi finit bien l’histoire, dans un grand n’importe quoi,
Avec du sable un peu partout, et des rimes de guingois.
Mais si demain, en apparence, un ballon vous dit « Montjoie ! »…
C’est bien eux ! Nos deux poètes, qui retournent. Ayez foi…
Car les poètes perdus ne meurent presque jamais, ou pas vraiment :
Ils dorment tous dans les étoiles, d’où ils veillent doucement.
Lors ils reviennent quand la nuit tombe et se pose sur nos yeux,
Quand le vent fait vibrer l’ombre de nos souvenirs soyeux.
Le sable du temps retombe, lent, comme un rideau de cendre,
Et le livre se referme, que pour toi, qui sût l’entendre…
Mais dans le cœur de chaque humain, un éclat reste en vie :
Une braise comme un murmure, un lointain souffle d’infini.
Ainsi finit ce conte poème, mais jamais la vraie lumière.
Tant qu’un seul rêveur marche, se lève, rêve encore sur Terre,
Les poètes oubliés du monde, ces voyageurs sans saison,
Reviendront dans nos âmes, vifs, à travers leur chanson…
________________________________________
SUPER BONUS — Le Poème dans le Sable
La plage de Saint Tropez retrouve son calme.
Le soleil descend lentement, les parasols se ferment,
et les derniers grains de sable volent comme des lucioles fatiguées.
Un marmot, armé d’une pelle rouge et d’un seau bleu, gratte le sable
avec l’acharnement d’un petit archéologue en mission secrète.
Soudain, il s’arrête net.
LE MARMOT
Oh ! M’man ! Regarde !
J’ai trouvé un papier ! Un vrai ! Un vieux ! Un froissé !
La mère arrive, lunettes de soleil de travers, serviette sur l’épaule.
Elle prend délicatement le papier couvert de sable.
LA MAMAN
Voyons voir ça…
On dirait… un poème ?!
Elle souffle dessus. Le sable s’envole.
On lit, écrit à la plume, un vers oublié :
« Quand le temps se déchire, Messire, faut pas s’en faire :
On suit la rime, et hop… on retombe en primaire. »
Le marmot fronce les sourcils, perplexe.
LE MARMOT
Un poème, maman ?
C’est quoi… un jouet, dit ?
LA MAMAN
(s’accroupissant, douce)
C’est un jouet, mon cœur… un jouet pour les grands,
Quand la Parole s’écrit… l’on redevient… comme enfant.
Le marmot hoche la tête, sans tout comprendre,
mais il garde le papier comme un trésor.
Il le glisse dans son seau, entre un coquillage et un caillou brillant…
Le film invisible… que vous verrez quand même.
________________________________________
Votre cerveau est la salle de cinéma.
Votre imagination est le projecteur.
Notre texte est la bobine.
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Installez vous.
Respirez.
Laissez défiler.
La séance commence.
________________________________________
« Pas encore tourné.
Pas encore produit.
Déjà culte. »
« Le premier drame poétique tragico comique de science fiction…
projeté directement dans votre esprit. »
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PROLOGUE
Spectateurs de ce soir, préparez vos esprits,
Car l’on va vous servir un chaos bien compris.
Ouvrez vos yeux secrets, vos songes en goguette :
Le film commence ici… sans caméra, mais chouette.
Vous verrez des gendarmes courir sans direction,
Un OVNI zigzaguer, nu, fou, sans conviction,
Des touristes hurler fort, des parasols en fuite,
Et deux fous du Moyen Âge accourir tout de suite.
Ce soir, pop corns fidèles, attachez vos fauteuils,
Car les héros fantasques vous en mettront plein l’œil.
Un film d’action sans risque, un éclat de mémoire :
Goddefroy de Montmirâlle… Jacquouille, sans espoir.
Ils reviennent, toujours fous, toujours un peu brillants,
L’un droit comme un vieux chêne, l’autre fripon piaillant.
Et vous, braves spectateurs, devenez l’écran couleur :
Votre esprit est la salle — la séance démarre… moteur !
________________________________________
L’écran présente une grande salle de théâtre.
JACQOUILLE surgit en trébuchant, du papier encore vide, comme un acteur curieux derrière la courtine.
GODDEFROY le rattrape par la capuche.
GODDEFROY — Reviens ici, manant, ça n’a pas encore commencé !
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ACTE I — LE DÉRÈGLEMENT TEMPOREL
Une plage de Saint Tropez. Soleil écrasant. Musique trop forte.
Des touristes s’aspergent de crème solaire comme s’ils repeignaient une façade.
Un drone passe en bourdonnant.
Soudain : un éclair bleu. Une détonation molle.
On entend au loin deux voix :
LES VOIX — Messire ! Messire ! Montjoie, si je faiblis !
Goddefroy de Montmirâlle et Jacquouille Nonpaslala-Fripouille apparaissent dans le ciel tournoyant, tombant dans le sable comme deux sacs de patates médiévales — fort heureusement sans aucune blessure ni conséquence néfaste sur leur fonctionnement habituel.
Ils se relèvent au milieu d’une plage bondée qui semble n’avoir encore rien remarqué d’anormal.
Un ballon gonflable rebondit sur la tête de GODDEFROY.
JACQOUILLE le rattrape avec les dents, fier comme un chien de chasse.
________________________________________
GODDEFROY (se redressant, furieux, horrifié par les parasols fluo)
Par la barbe du Christ, quel est donc ce royaume ?
Ce sol brûle mes pieds, et l’air sent le goudron !
Est ce là quelque enfer où l’on grille les âmes ?
Ou quelque champ de foire ? Ou encore la potion !
JACQOUILLE (ébloui, ravi mais secoué)
Oué, Messire, c’est ben beau ! C’est ben chaud ! C’est ben l’pied !
Regardez ces gueux nus, tout huilés, tout bronzés !
GODDEFROY (solennel, outré)
Par ma foi, Jacquouille… quel étrange horizon !
Ces gens demi vêtus grouillent comme un chaudron.
Ils s’enduisent d’huile fade et cuisent sous la flamme
On dirait des jambons où la bonne graisse se pâme.
Un baigneur aux longs cheveux secoue sa tête brusquement pour sécher ses oreilles et asperge d’eau tout autour. GODDEFROY, arrosé, sursaute.
JACQOUILLE (ravi, grotesque)
Oué, Messire, c’est l’royaume où l’on fait rien d’l’été !
Regardez l’gros là bas : y s’retourne pour dorer.
On dirait un poulet qu’on tourne à la ficelle,
Sauf qu’lui, quand il crépite, y’a personne qui l’appelle !
JACQOUILLE imite un poulet qui tourne. Il tourne trop vite, tombe.
GODDEFROY (le relève par la capuche)
Relève toi, vil gueux, cesse donc tes simagrées !
Un enfant lance du sable sur GODDEFROY.
JACQOUILLE applaudit comme au théâtre.
GODDEFROY (furieux, secouant son armure)
Par Sainte Rolande ! Qu’on me donne un bouclier !
Ce marmot m’a jeté là un sort de sorcier !
JACQOUILLE (plié de rire)
Mais non, Messire, c’est l’jeu des gueux d’ici :
Ils s’balancent du sable partout — et ben, ça les ravit !
JACQOUILLE ramasse du sable, souffle dessus : tout lui revient dans les yeux.
GODDEFROY (hautain)
Tu vois, pauvre gredin, ton art te châtie fort.
JACQOUILLE (à moitié aveugle)
J’crois qu’le sable, Messiiire, ici pique comme la mort !
GODDEFROY se redresse, indigné.
JACQOUILLE, les yeux plissés, salue la foule comme une star locale.
Personne ne le regarde. Il insiste. Toujours personne.
JACQOUILLE (vexé)
Messire… j’crois qu’ces gueux m’ignorent exprès, c’est sûr.
GODDEFROY (froid)
C’est qu’ils ont du bon goût… pour une fois, je te jure.
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ACTE II — LA RÉVÉLATION DES INFLUENCEURS
La plage explose soudain en cris.
Une femme glisse sur une tong comme sur une peau de banane.
Un homme tombe dans une glacière et en ressort coiffé d’un bac à glaçons.
Les téléphones s’allument comme une armée de lucioles hystériques.
LA FOULE (en transe, totalement hors de contrôle)
Les Visiteurs ! Les Visiteurs !
Faites un dab ! Un cœur ! Un moonwalk ravageur !
Un duckface ! Un truc fou ! Quelque geste vainqueur !
GODDEFROY (paniqué, tournant sur lui même)
Jacquouille… par les saints… vois tu ce charivari ?
Ces gueux nous encerclent tels des poules sans esprit !
Ils brandissent des miroirs plus brillants que des torches…
On dirait qu’ils voudraient nous cuire à la broche !
JACQOUILLE (déjà en train de poser, bouche en cul de poule)
Oué, Messire, c’est des “smartfones”, des boîtes à lumière !
Ils s’en servent pour s’peindre eux mêmes — toute la journée entière.
Regardez, j’fais l’pigeon… hop ! L’pigeon ! Le p’tit pigeon !
Ah ! Y’a trente gueux qui là m’imitent. C’est génie ! C’est trop bon !
Il enchaîne des poses absurdes.
Les loups… Houuu ! La grenouille… wouak wouak, on sautille en douceur !
Messire, c’est grand spectacle ! Je suis… le Grand Meneur !
GODDEFROY (paniqué)
Assez, maraud ! Ton cirque est pire que les fous !
Ces gueux nous encerclant nous prendront pour des loups !
JACQOUILLE (toujours en pose)
Que nenni, noble Sire ! Eux, ils aiment tout cela !
Regardez leurs sourires : on est rois d’la fiesta !
GODDEFROY (horrifié)
Oh, par saint Grégoire, ce siècle sans manières !
Ces gueux veulent des jouets, du rire et de la bière !
On dirait qu’un fou mage les a tous ensorcelés
À rester cul nu là, au soleil, à griller leur cervelé !
Un influenceur surgit en glissant sur une serviette,
fait un triple salto involontaire, atterrit sur un coude,
mais garde le téléphone parfaitement cadré.
INFLUENCEUR (en live, voix stridente)
Mes abonnés ! Mes amours ! Mes pépitos sacrés !
Regardez ! Deux acteurs trop rétros, trop stylés !
Ils sont trop bien déguisés ! C’est eux, Les Visiteurs !
Hashtag #MoyenAgeSurLaPlage, hashtag #CoeurCoeurCoeur,
Hashtag #JeSaigneDuCoude, hashtag #CestLaVieMonFrèreM’Soeur.
GODDEFROY (offensé, tirant son épée)
Que nenni, vil faquin ! Je suis Goddefroy, moi même !
Je ne suis point bouffon pour vos miroirs suprêmes !
Rendez moi mon destrier ! Qu’on s’en aille d’ici !
Et cessez ces grimaces qui sentent la diablerie !
JACQOUILLE (se recoiffant avec un coquillage)
Oué, Messire… faites pas vot’ tête de jambon sec.
Un p’tit sourire, un clin d’œil… et hop ! Vous êtes au nec !
Vous êtes célèbre ! Vous êtes tendance, ô Sire !
Vous êtes… Goddefroy de Tokmirâle, pour vous dire !
La foule hurle, persuadée d’assister à un sketch historique.
Un touriste lance un parasol comme un javelot.
Un autre tente un selfie avec son pied.
LA FOULE
Encore ! Encore !
Faites un TikTok ! Un truc !
Jacquouille, une p’tite grimace, un sourire, qu’on palpite !
Goddefroy, vous solennellement, sortez c’génie qui vous habite !
Goddefroy recule, horrifié.
Jacquouille fait un dab catastrophique.
La foule applaudit comme si elle assistait à un miracle.
JACQOUILLE (flatté, minaudant)
Oué, mais Messire… fais un p’tit sourire, un clin d’œil,
Et hop ! T’es célèbre ! T’as la gloire et l’orgueil !
La foule applaudit.
Jacquouille fait une révérence grotesque,
se prend un drone dans la tête.
Goddefroy sort son pied de la glacière, couvert de glaçons, furieux.
GODDEFROY (claquant des dents)
Par tous les saints du ciel… ce siècle est un enfer !
JACQOUILLE (hilare)
Ben oué, Messire… et encore, c’est qu’l’premier hiver !
La plage est désormais en délire total.
Des drones bourdonnent comme des moustiques géants.
Un touriste tente de jongler avec trois bouteilles de crème solaire.
Un autre se filme en train de tomber dans un château de sable.
GODDEFROY (terrifié, se protégeant avec un parasol)
Jacquouille… par le ciel… ce siècle est possédé !
Ces gueux courent en tous sens, comme bêtes sans idée !
Ils hurlent, ils se filment, ils dansent, ils nous poussent,
Et leurs boîtes à lumière font trembler en secousses !
JACQOUILLE (ivre de joie, debout sur une glacière)
Oué Messire, c’est la fête ! C’est l’grand bal des écrans !
Regardez, j’fais l’poulet… hop ! P’tit poulet dans l’vent !
Y’a cent gueux qui m’imitent, vraiment c’est magique !
J’suis l’maître des grimaces ! Un prophète numérique !
Un drone passe trop près : Jacquouille l’attrape avec les dents.
La foule hurle de joie.
LA FOULE
Encore ! Encore ! Encor !
Jacquouille t’es magnifique, t’es le roi du décor !
Prenez la pose ensemble, que le monde en profite !
Goddefroy, l’épée est lourde ? Frappez ce drone, plus vite !
GODDEFROY (au bord de l’évanouissement)
Par Sainte Rolande, assez ! Ce vacarme me tue !
On dirait que ce siècle a perdu toute vertu !
Ces gueux, cul nu au vent, grillent leur cervelle entière,
Et prient leurs faux miroirs comme idoles de pierre !
Un influenceur surgit en courant, trébuche sur une pelle,
fait un salto involontaire, retombe sur un genou,
mais garde son téléphone parfaitement cadré.
INFLUENCEUR (en live tout excité)
Mes abonnés ! Mes amours ! Mes pépitos sacrés !
Les puces en l’air ! Deux légendes ! Deux héros égarés !
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GODDEFROY (tirant son épée imaginaire — car ici, on est dans un poème)
Que nenni, vil faquin ! Je suis Goddefroy, moi même !
Je ne suis point pantin pour vos miroirs suprêmes !
JACQOUILLE (se recoiffant la perruque avec un peu de sable)
Nous sommes tendance, Sire ! Vous êtes l’roi du pixel !
Messire Goddefroy et Jacquouille, deux génies immortels !
LA FOULE
Encore ! Encore ! Un TikTok ! Un selfie ! Un reel !
La foule explose en cris.
Un touriste lance un parasol comme un javelot.
Un autre tente un selfie avec son pied.
Un troisième tombe dans un seau et reste coincé.
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ACTE III — L’APOCALYPSE DE LA PLAGE
La plage se fige soudain comme un tableau antique.
Le soleil se voile d’une éclipse de lune, refusant d’assister à la suite.
Les téléphones s’élèvent tels des cierges numériques.
Le vent se lève, chargé d’un souffle venu d’un autre âge.
GODDEFROY (tragique, voix de fin des temps)
Ô siècle dévoyé ! Ô peuple sans mémoire !
Vous livrez vos esprits à l’ombre illusoire !
Vous vénérez des feux sans vertu ni raison,
Et perdez votre âme en cette funeste saison !
Il lève les bras vers le ciel, prophète abandonné.
Sainte Rolande, éclairez moi ce temps maudit !
Pourquoi ces gueux brandissent ils ces miroirs tout petits ?
Est ce là leur magie ? Leur sorcellerie d’acier ?
Un sort de faux soleil pour mieux nous enchaîner ?
Jacquouille surgit tel un prêtre fou, tenant des lunettes fluo comme une relique sacrée.
JACQOUILLE (gouailleur, mais grandiloquent)
Oué Messire, faut pas faire vot’ tête de tombeau !
Ici, si t’es pas fun, t’es déjà mort, mon beau !
C’est l’règne du soleil, du bruit, du grand délire :
Si t’suis pas la vague… ben, tu t’fais engloutir !
Il pose les lunettes fluo sur le nez de Goddefroy comme on couronne un roi déchu.
La foule explose en un cri quasi religieux.
LA FOULE (en chœur, peuple heureux en transe)
Godefroy ! Godefroy ! Jacquouille ! Jacq’ouiiiille !
Soudain, le vent hurle.
Le sable se soulève en tempête mythologique.
Les parasols s’arrachent du sol, dragons multicolores.
Les serviettes tourbillonnent comme étendards de guerre.
UN VACANCIER (hurlant, persuadé d’être dans l’Apocalypse VI — le météorite)
C’est un filtre Snapchat !
C’est un filtre Snapchat !
On est dans une story ! On est dans une story !!!
La foule panique, rit, se filme, trébuche, se relève, retombe.
Goddefroy tente de se protéger derrière une bouée licorne qui hennit comme un destrier possédé.
Jacquouille ouvre les bras comme un prophète du chaos.
JACQOUILLE (extatique, voix de fin du monde)
Regardez, Messire ! Même l’ciel fait des p’tits tonneaux !
On dirait qu’les dieux d’là haut ont mis l’mode “effets spéciaux” !
GODDEFROY (à moitié enseveli sous le sable)
Par tous les saints… que cesse cette diablerie !
Je veux rentrer chez moi ! Je veux ma chevalerie !
La tempête s’arrête net.
Un silence sacré tombe sur la plage.
Puis, dans un geste divin d’humour cruel,
un parasol solitaire retombe sur la tête d’un vacancier.
La foule éclate de rire comme un chœur antique détraqué.
________________________________________
ACTE IV — L’ULTIME APPARITION
Le sable retombe.
Un vieux sage apparaît, assis sur une glacière, mangeant une pêche.
LE VIEUX SAGE (prophétique, ironique)
Mais regardez, ignares : ce ne sont point les mêmes,
Ceux là portent le Verbe et marchent comme en Poèmes.
Ils vont dans votre siècle, en âmes égarées,
Et voyez l’épée lourde qu’il peine à soulever.
LE FAN EXCITÉ (voix haute, convaincu, en filmant le sage pour le live)
Mais non, j’vous dis, j’vous jure : c’est eux, Les Visiteurs !
Je reconnais l’allure de ces deux grands acteurs.
Et puis, comment vous dire…
(il murmure, discret)
« Jacouill’, quel délire… ne pue pas des pieds ! »
LE SAGE (l’ignorant complètement, s’adressant à la foule qui l’ignore à son tour)
Vous ne voyez donc rien, troupeau sans vision claire ?
Ces deux là sont poètes, voyageurs de lumière.
Ils parlent en vers nobles, en rimes ciselées,
Pas comme vos faux idoles tout juste déguisés.
LE FAN (excité, énergique, persuadé d’être le seul à comprendre)
Mais si, mais si, j’vous dis, j’les ai vus à la télé !
Ils faisaient « houhouhihi », j’vous jure, c’était stylé !
Regardez leurs guenilles : c’est pile les mêmes habits,
Et Jacquouille, là, j’vous jure, il m’a fait « l’ooh, kiki » !
Un grondement.
Un OVNI descend en tournoyant comme une crêpe.
GODDEFROY (épique et ridicule)
Jacquouille, vois tu ça ? Ce char des cieux lointains !
Il vient nous emporter vers un destin prochain !
C’est sûrement le mage, qui a dû nous l’envoyer.
Bénit soit il, par saint George, il nous aura sauvés !
JACQOUILLE (surexcité, heureux)
Ouééé Messire, on vole ! On vole pour de vrai !
C’est mieux qu’les manèges, j’vous jure, c’est parfait !
Ils montent dans l’OVNI en se cognant la tête.
L’OVNI repart en zigzag...
LE SAGE (mystique)
Ainsi vont les poètes, voyageurs égarés,
Qui traversent les âges sans jamais s’arrêter.
Ils quittent notre monde pour un ciel étoilé,
Et laissent dans nos cœurs un vide… vite remplacé.
Rideau.
La foule applaudit.
Un vacancier crie : « C’était trop bien, on revient demain ! »
________________________________________
ACTE V — LES GENDARMES DÉPASSÉS
L’OVNI vient d’aspirer Goddefroy de Montmirâlle et Jacquouille Nonpaslala Fripouille.
La lumière retombe. Le silence se fait.
Puis… deux gendarmes émergent d’un tas de serviettes où ils avaient été projetés.
GENDARME 1 (outré)
Mais t’as vu cette bagnole ? Elle vole sans permis !
GENDARME 2 (un peu sonné, se tenant la tête)
Elle a grillé l’espace, le ciel et…
GENDARME 1 (lui coupe la parole, énervé)
… l’infini !
GENDARME 1 (cherchant ses lunettes dans le sable)
Son numéro, guignol, tu l’as noté au moins ?
GENDARME 2 (se frottant l’œil)
J’ai rien vu, c’est l’parasol… m’a frappé l’œil au coin !
GENDARME 1 (ouvrant son carnet d’amendes)
Bon… j’sors mon beau carnet, faut faire les choses bien :
Le chauffard et l’autre… se sont envolés, hein ?
GENDARME 2 (regardant le ciel, très sérieux)
Ouais chef… envolés… mais alors très haut, envolés.
Délit d’fuite galactique… c’est dans quel cahier ?
GENDARME 1 (griffonnant n’importe quoi)
Bah… on improvisera : « Infraction intersidérale ».
Ça sonne bien, c’est classe… ça fera foi au tribunal.
GENDARME 2 (soudain inquiet)
Chef… vous croyez qu’ils avaient leur gilet jaune avec ?
GENDARME 1 (catastrophé)
Nom d’un képi ! Une prune ! La prime, envolée, sec !
Ils repartent en courant, poursuivant un OVNI imaginaire,
en trébuchant sur une bouée licorne.
La foule les regarde partir, mi hilares, mi consternés.
________________________________________
ACTE VI — P.S. À LA GENDARMERIE
L’OVNI a disparu.
Les gendarmes, couverts de sable, rentrent penauds à la brigade.
Lumière blafarde. Machine à café en panne.
Une mouche tourne autour d’un képi.
NARRATEUR
P.S. — À la gendarmerie, ce soir, grand charabia :
Deux gendarmes affirment voir « Les Visiteurs 4 », quoi ?!
Les deux gendarmes entrent, décoiffés, encore tremblants.
GENDARME 1 (affolé, moustache vibrante)
Mais t’as vu cette bagnole ? Elle volait sans permis !
GENDARME 2 (encore un peu sonné)
Elle a grillé le ciel… dans le sens interdit !
GENDARME 1 (cherchant un stylo)
Son numéro, guignol, tu l’as noté, dis moi ?
GENDARME 2 (se tenant l’œil et la mâchoire)
Non chef… j’ai rien vu… l’parasol m’a eu, ma foi…
GENDARME 1 (ouvrant son carnet d’amendes)
Bon… j’sors mon bon carnet, faut faire les choses carrées :
Le chauffard et l’autre gueux… se sont bien envolés !
GENDARME 2 (levant les yeux au ciel)
Chef… je vous confirme encor’… mon rapport : « très envolés ».
On mettrait “fuite spatiale”… ou “engin non homologué” ?
GENDARME 1 (griffonnant solennel dans le carnet)
Bah… on improvisera : “Objet volant non déclaré”.
Rajoutons délit d’fuite… ça fera foi lors du procès.
Ils hochent la tête, convaincus de leur génie administratif.
GENDARME 2 (soudain inquiet)
Chef… pardon, je vous rappelle, sans leur gilet jaune, au fait ?
GENDARME 1 (catastrophé)
Nom d’un képi ! L’infraction ! C’est bien noté pour l’enquête !
Ils se regardent, dépités. Silence.
GENDARME 2 (philosophe malgré lui)
Chef… vous croyez qu’on doit prévenir la préfecture…
GENDARME 1 (sombre, sûr de lui, comme un vrai chef)
Non. D’abord… la presse locale, à cette heure, c’est plus sûr.
VOIX OFF
Oh là là là… la bavure…
Rideau.
La machine à café explose dans un « PCHHHH » misérable.
________________________________________
INTERMEZZO PROSAÏQUE — Article de la Presse Locale
TITRE :
PANICHE SUR LA PLAGE : DEUX ACTEURS ÉMÉCHÉS, UN BALLON MÉTÉO ET DES GENDARMES DÉPASSÉS
Sous titre :
Non, ce n’était pas un OVNI. Oui, les gendarmes ont encore confondu.
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Le Courrier du Littoral – Édition du soir
Hier, en fin d’après midi,
un incident pour le moins cocasse a agité la plage municipale.
Selon plusieurs témoins — dont certains encore « émotionnellement imbibés » — deux individus costumés auraient été « enlevés par un vaisseau spatial ».
Après enquête, la rédaction tient à rassurer la population :
il ne s’agissait que de deux acteurs amateurs, manifestement éméchés,
qui répétaient une scène de théâtre de rue
« un peu trop immersive ».
Le prétendu « OVNI » n’était en réalité
qu’un banal ballon météo,
arraché de son câble
par une rafale de vent saharien.
Le phénomène lumineux observé serait dû
à la réflexion du soleil sur la toile plastique,
et non à une quelconque propulsion extraterrestre.
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Les gendarmes ? “Fatigués, mais de bonne foi”
Deux gendarmes présents sur les lieux affirment avoir vu
« un engin volant non identifié repartir en zigzag dans le ciel ».
La préfecture précise toutefois que :
« Les agents avaient été exposés à une forte quantité de sable et de chaleur,
ce qui peut altérer temporairement la perception. »
Traduction :
ils ne savent pas ce qu’ils racontent.
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Les deux acteurs introuvables
Les deux comédiens — dont l’identité reste inconnue —
auraient quitté la plage « dans un état d’excitation avancée »,
selon un témoin qui les aurait vus « imiter des animaux puis des bruits de fusée ».
Aucune inquiétude à avoir :
ils auraient été aperçus plus tard,
en train de demander leur chemin à un distributeur de glaces.
________________________________________
ACTE VII — LA RADIO LOCALE
*Vue d’un drone au dessus de la plage bondée jusqu’au toit de la radio locale.
La caméra descend en plongée accélérée, traverse le toit, les parois, les structures internes,
les molécules, les atomes, les particules sous quantiques qui s’accélèrent comme au CERN, puis…
tombe, avec le morceau de sucre dans la tasse…
d’un journaliste local, micro en main, devant un panneau :
« Le Courrier du Littoral – Édition Spéciale ». *
LE JOURNALISTE 1 (ouvre l’antenne, ton grave, solennel)
Mesdames, Messieurs, chers auditeurs du Littoral,
voici notre édition spéciale — très spéciale — de ce soir !
Un incident étrange a secoué la plage municipale aujourd’hui :
deux individus costumés auraient été “enlevés par un OVNI” !
Il lève un sourcil sceptique.
LE JOURNALISTE 2 (ironique)
Après vérification — sérieuse, et complète bien entendu —
la rédaction tient à préciser que les deux individus
étaient simplement deux acteurs possiblement éméchés,
répétant une scène de théâtre dans le sable de l’été.
Aucun voyageur de l’espace — qui bien sûr n’existent pas —
juste deux artistes intra terrestres… et trébuchants sur leur pas.
Il consulte une feuille froissée.
LE JOURNALISTE 1 (professionnel mais moqueur)
Quant au prétendu “vaisseau spatial”,
il ne s’agissait que d’un banal ballon météo du littoral,
emporté par une rafale de vent sub saharien
qui amène parfois ces poussières, « Mama Mia », en italien !
Il prend un air faussement compatissant.
Les lumières observées seraient dues seulement, logique…
à la réflexion du soleil sur la toile en plastique.
LE JOURNALISTE 2 (soupirant, moqueur)
Les deux gendarmes présents sur place affirment avoir vu
“l’engin volant repartir en zigzag” ?!
La préfecture précise sur son site TikTok, hashtag :
« Les agents, en habit d’hiver (!) — budget en restriction —
avaient, sous l’effet de serre, subi une forte exposition.
Trop de chaleur et de sable, même sans aucune consommation,
peuvent transformer ces gens aimables en troublés de la vision. »
Il range ses notes, satisfait.
LE JOURNALISTE 1 (conclusion officielle, voix toujours grave)
La mairie, sur sa feuille blanche à l’entrée apposée, rappelle que
en toute circonstance, l’analyse a son importance,
sémantique et logique :
• les ballons météo ne sont pas des OVNI,
• les gendarmes ne sont pas des experts en aéronautique,
• les artistes de rue ne doivent pas boire avant leur performance,
• et l’on respecte tous la loi en France.
*Il sourit à la caméra pour le live « YouTube ». *
LE JOURNALISTE 2 (ironique et amusé, final burlesque)
Fin de l’incident. À la fête,
retournez tous dans l’eau !
Pour refroidir bien vos têtes,
mettez d’la glace au seau !
Musique légère — grand hit d’été, style : lala li lala la…
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SCÈNE DE CLÔTURE — Le Rapport Final du Gendarme Chef
La musique s’arrête brusquement.
Elle est remplacée par un bourdonnement lourd.
Bureau de la gendarmerie. Ventilateur cassé. Chaleur écrasante.
Un gendarme dégouline de sueur, assis à cheval sur sa chaise,
penché sur un vieil ordinateur qui grésille.
On retrouve le Gendarme 1 des actes V et VI.
LE GENDARME (dépité, transpirant)
Moi, je veux bien, mais on n’est pas bête…
Dites moi alors pourquoi
j’ai entendu c’fameux “poètes”
dire « OK, Messire, Montjoie ! »
Ils viennent bien d’une autre époque…
Plus personne ne parle en vers !
C’est une drôle d’histoire loufoque…
C’est qui ce Jacques à l’envers ?
Il tape : « Ma cheffe : le rapport final. »
LE GENDARME (récitant comme un poème administratif)
Des phénomènes étranges que, hier soir, l’on a vus, tous constatés,
il y avait forte ressemblance au vrai Godefroy… et mon… Clavier !
Il tape frénétiquement. L’ordinateur fait un bruit de casserole.
(soupirant, mais appliqué)
Objet volant suspect, sans plaque, rapplique en zigzag,
Deux individus volants, sans casque… ni gilet, vidéogag ?
Il secoue la souris, qui ne répond plus.
LE GENDARME (résigné)
Conclusion :
« Probable hallucination subtile due à la chaleur estivale ?! »
Versus…
« Deux acteurs éméchés, en fuite intersidérale ?! »
« Ils avaient une drôle de façon de parler et de rimer… »
Il efface vite la dernière phrase.
« Il vaut mieux en rester simple : c’est sûrement… le vent d’été ! »
Il signe d’un geste dramatique, comme s’il scellait un traité de paix galactique.
LE GENDARME (fermant le dossier, philosophe)
Voilà. Fini. L’rapport final.
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Mais j’sens un drôle de truc… comme une envie bizarre.
Parler en rime à la cheftaine, du fond du cœur, dès ce soir…
Qu’ils reviennent… ou pas… m’en fous, je vais me faire un peu beau.
Puis, tant pis, je tente ma chance… je l’invite au resto.
(et pour me faire enfin bien voir, je vais lui raconter l’histoire…)
Sûrement qu’elle va me croire :
— Ils ont des OVNI à la Météo !
(vers son collègue qui roupille dans son coin, les pieds sur le bureau)
— Didier, tu gardes la boutique !
Surtout, ne joue pas au Zorro !
Je travaille ce soir le rapport.
Puis jusqu’à demain, dodo.
Il éteint l’ordinateur, qui s’éteint dans un « PLOP » ridicule.
La lumière baisse. Rideau.
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FIN — THE END
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ÉPILOGUE
Ainsi c’est fini le film, l’histoire, rangez donc vos parasols,
Les drones sont fatigués ce soir, les gueux rentrent au pas, au bol.
Le sable a tout collé ensemble, les glacières vides sont bancales,
Et l’OVNI, quelque part, il fait dodo dans les étoiles.
Godefroy, dans l’espace, râle contre les constellations :
« Par saint Georges, Jacquouille, c’est quoi encor’ cette potion ?! »
Et Jacquouille répond : « Oué Messire, la potion c’est ben magique !
Regardez, j’fais l’poulet… hop ! L’pou poulet cosmique ! »
Pendant qu’ils font les fous ensemble, dans le vide intersidéral,
Les gendarmes, eux, travaillent, flambent, un rapport… phénoménal :
« Objet volant suspect », « fuite galactique », et « zigzag »,
Et l’un dessine un ballon, en forme d’assiette dans l’vrac.
La foule s’en fout, pas d’problème, elle veut juste un replay,
Un TikTok, un défi, ou même ce génialissime « O keey ».
Et le vieux sage soupire de loin : « Bande de têtes de piafs…
Vous avez vu des vrais poètes… et vous filmez que leurs baffes. »
Ainsi finit bien l’histoire, dans un grand n’importe quoi,
Avec du sable un peu partout, et des rimes de guingois.
Mais si demain, en apparence, un ballon vous dit « Montjoie ! »…
C’est bien eux ! Nos deux poètes, qui retournent. Ayez foi…
Car les poètes perdus ne meurent presque jamais, ou pas vraiment :
Ils dorment tous dans les étoiles, d’où ils veillent doucement.
Lors ils reviennent quand la nuit tombe et se pose sur nos yeux,
Quand le vent fait vibrer l’ombre de nos souvenirs soyeux.
Le sable du temps retombe, lent, comme un rideau de cendre,
Et le livre se referme, que pour toi, qui sût l’entendre…
Mais dans le cœur de chaque humain, un éclat reste en vie :
Une braise comme un murmure, un lointain souffle d’infini.
Ainsi finit ce conte poème, mais jamais la vraie lumière.
Tant qu’un seul rêveur marche, se lève, rêve encore sur Terre,
Les poètes oubliés du monde, ces voyageurs sans saison,
Reviendront dans nos âmes, vifs, à travers leur chanson…
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SUPER BONUS — Le Poème dans le Sable
La plage de Saint Tropez retrouve son calme.
Le soleil descend lentement, les parasols se ferment,
et les derniers grains de sable volent comme des lucioles fatiguées.
Un marmot, armé d’une pelle rouge et d’un seau bleu, gratte le sable
avec l’acharnement d’un petit archéologue en mission secrète.
Soudain, il s’arrête net.
LE MARMOT
Oh ! M’man ! Regarde !
J’ai trouvé un papier ! Un vrai ! Un vieux ! Un froissé !
La mère arrive, lunettes de soleil de travers, serviette sur l’épaule.
Elle prend délicatement le papier couvert de sable.
LA MAMAN
Voyons voir ça…
On dirait… un poème ?!
Elle souffle dessus. Le sable s’envole.
On lit, écrit à la plume, un vers oublié :
« Quand le temps se déchire, Messire, faut pas s’en faire :
On suit la rime, et hop… on retombe en primaire. »
Le marmot fronce les sourcils, perplexe.
LE MARMOT
Un poème, maman ?
C’est quoi… un jouet, dit ?
LA MAMAN
(s’accroupissant, douce)
C’est un jouet, mon cœur… un jouet pour les grands,
Quand la Parole s’écrit… l’on redevient… comme enfant.
Le marmot hoche la tête, sans tout comprendre,
mais il garde le papier comme un trésor.
Il le glisse dans son seau, entre un coquillage et un caillou brillant…
