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Valence

Je me souviens de ces hivers où nous vous rejoignions grand-mère
Vivant chez votre fille et nous dans votre appartement ballant
Je me souviens c'était le temps où l'horrible marais salant
Sur la route de Sabadell nous recrachait dessus sa mer

Nous mangions le soir avec vous un souper qu'on eût dit sommaire
Deux gouttes de 43 et un petit plat catalan
Une fideua un trinxat Je regardais en avalant
Flotter dans un immense cadre un homme à l'expression amère

C'était peut-être Jésus-Christ ou mon grand-père ce néant
Je n'ai qu'un vague souvenir d'à quoi ressemblait la figure
Mais je me souviens autrement de la comtesse de Ségur

Et des malheurs qu'elle écrivit de l'enfant Sophie de Réan
Sophia c'est la sagesse en grec et Dieu seul sait comment vous fûtes
Aussi sage qu'aurait pu l'être un des crève-la-faim hirsutes
Qui vivaient près de l'océan

*

Valence ville d'exutoire où nous avions posé bagage
Pour un hiver il y a dix ans est le dernier endroit où vous
Pûtes m'entendre en espagnol Abuelita je vous avoue
Je n'ai pas passé mon enfance à travailler pour que vos gages

Vous fussent quelque jour rendus Ensuite je n'ai pas c'est fou
Non plus voulu m'habituer aux accents de l'autre langage
Qu'avant moi vous avaient hâblé vos ancêtres dans leur tangage
Je n'ai pas appris je vous dis le catalan que l'on bafoue

Vous étiez un peu rebutée à l'idée qu'un mémorandum
Sur ma carte d'identité fut ce qu'on eût imaginé
De votre pays de Cocagne Et vous me prîtes pour Sodome

Or vous seule avez ajouté au long testament l'addendum
Que vous écrivîtes avant qu'on vous tût de borraginées
Dale todo de mi alma Et que j'aurai des gloires d'homme
Malgré mon nom efféminé
À Angeline (Abuelita), Olga, ma tante, Jesús, mon oncle, Engels et Olga, mes cousines.
Montfrin, 12 février et 21 mars 2026.

Tous droits réservés © Poème posté le 05/06/2026 par Porphyre

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