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Bernard l'ermite
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De l'ennui...

Las de voir son atoll s’emplir de crustacés,
Un pagure, Bernard, dit en avoir assez,
Puis choisit pour l’exil un motu comme gîte,
Décidant d’honorer sa fonction d’ermite.
« Seul, philosopha-t-il, l’être seul est heureux !
Si les autres sont fous, je ne peux rien pour eux. »

– Il croit que chez les siens règne l’inquiétude,
Depuis qu’il leur a dit ses voeux de solitude. –

Ne passent pas trois jours que des germes d’ennui
Éclosent dans l’îlot (et juste autour de lui !) :
« C’est la première fois, maintenant que j’y pense,
Que vient pile sur moi s’abattre la malchance ! »

Trois jours sans anémone au milieu des coraux,
Qu’il recherche quelqu’un pour lui gratter le dos !

Trois autres jours aux nuits d’un sommeil à la grève,
Qu’il ne sait pas vraiment s’il accomplit son rêve !

Trois jours passés encore à faire les cent pas,
Qu’il se raconte un truc qu’il ne connaissait pas !

De trois jours en trois jours, l’ermite philosophe
Voit ses vœux de bonheur frôler la catastrophe,
Si bien qu’enfin, penaud, il rentre sur l’atoll,
Celui dont il avait, fut un temps, ras-le bol.

– Et d’ailleurs, nul parmi ceux de sa connaissance
Ne l’a vu s’en aller, ni noté son absence. –

« Toujours fous, se dit-il, mais j’ai vu, d’où je viens,
Qu’on est plus fou reclus que fou parmi les siens. »

© Poème posté le 25/03/2026 par Vuthy

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