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Chewing-gum
3

La gomme lente
Colle au miroir,
Ma langue tente
D’y voir le noir.

Bulle fragile
Monte et se perd,
Bouche docile
Au goût de fer.

Salive vive
Tourne au miroir,
Pensée captive
Mâche le soir.

Bulle éclatée,
Sucre et néant :
Chair mastiquée
Rit du vivant.

(Voir note de bas de page)
Dans ce poème, j’ai choisi de partir d’un objet banal, le chewing-gum, pour montrer comment un geste quotidien peut devenir le point de départ d’une réflexion sur le corps et la pensée. J’ai voulu faire passer le texte du concret vers l’abstrait, en utilisant des images simples mais parlantes.

Dans le premier quatrain, j’installe le cadre du poème. Avec l’image de la "gomme lente", je souligne sa texture et lui donne presque vie. En écrivant "colle au miroir", j’introduis l’image du miroir pour suggérer l’idée d’observation et de réflexion sur soi. Mon intention était de placer le sujet dans une situation où le geste physique s’accompagne déjà d’une forme d’introspection.

Dans ce même quatrain, avec les vers "ma langue tente / d’y voir le noir", je donne à la langue un rôle qui dépasse la simple sensation du goût pour en faire un instrument d’exploration. Le verbe "tente" suggère une recherche, tandis que l’expression ""voir le noir évoque la volonté de pénétrer dans une zone obscure ou cachée. À travers ce passage, j’ai mis en place un double mouvement : un geste corporel concret et une exploration intérieure.

Dans le deuxième quatrain, je développe l’image de la bulle, qui est un élément caractéristique du chewing-gum. En la décrivant comme "fragile" et en écrivant "monte et se perd", je souligne le caractère éphémère de ce phénomène. Mon intention était de suggérer que certains plaisirs peuvent être légers et séduisants, mais aussi très passagers. La bulle symbolise une forme d’illusion ou de plaisir momentané.

Avec l’expression "bouche docile", je voulu montrer que le corps se soumet facilement à des habitudes mécaniques. La mastication devient alors un geste automatique. J’ai, cependant, introduit une rupture avec l’image "au goût de fer". Par ce contraste avec la douceur sucrée attendue, je fait apparaître une tonalité plus sombre. Mon intention était de montrer que le plaisir simple peut se transformer et révéler une dimension plus dure ou plus inquiétante.

Dans le troisième quatrain, je fais évoluer le poème du plan physique vers le plan mental. En utilisant des mots comme "salive", "tourne" et "mâche", je rappelle d’abord le mouvement circulaire de la mastication. Mais mon intention était surtout de rapprocher ce mouvement du fonctionnement de la pensée.

Avec l’expression "pensée captive", je suggère que l’esprit peut se retrouver enfermé dans un processus répétitif. De la même manière que la gomme tourne dans la bouche, la pensée peut tourner sur elle-même. En écrivant "mâche le soir", j’établis une métaphore entre la mastication et la rumination mentale. Mon intention était donc de faire du chewing-gum une image du fonctionnement de l’esprit lorsqu’il ressasse certaines idées.

Dans le dernier quatrain, je montre la fin de ce processus. Avec l’image de la "bulle éclatée". En associant les mots "sucre et néant", je "suggère" que le plaisir peut finalement se révéler vide ou illusoire.

Enfin, avec l’image "chair mastiquée", je reviens à la matérialité du corps. L’emploi du verbe "rit" introduit une forme d’ironie. Mon but était de montrer que, même si les illusions disparaissent et si la réflexion conduit à une forme de vide, la vie corporelle continue malgré tout. Le corps poursuit son mouvement, presque indifférent aux interrogations de l’esprit.

© Poème posté le 21/03/2026 par Velvetkisses

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