La violette au bois s’éveille sous la mousse
Et l’oiseau migrateur a regagné son nid.
Dans le pré verdoyant un alezan hennit,
S’arrête, hume un instant la brise fraîche et douce.
La rose printanière imbibée de rosée
Agite mollement ses pétales vermeils ;
Son humide parfum s’évapore au soleil
Qui baise, en amoureux, sa corolle irisée.
Le damier des champs s’est paré de merveilles ;
Avril a clairsemé d’innombrables couleurs ;
Le buisson s’est coiffé de l’aubépine en fleurs
Où, tout en bourdonnant, butinent les abeilles.
Une main capricieuse a posé des flocons
Sur les scions nouveaux nés, sur les pieds d’asphodèle :
Déjà sous le coton du bouton se révèle
La feuille enveloppée dans son soyeux cocon.
L’aronde en gazouillant s’élance dans l’espace ;
Le rossignol au bois et l’alouette au champ
Et mille petits becs égaient de mille chants
La campagne fleurie que sonde le rapace.
Seul mon cœur traîne encore sa sinistre langueur ;
L’hiver n’a pas suffi à calmer sa tristesse.
Il pleure son amour, il pleure sa jeunesse :
Ses fleurs sont à jamais flétries par la douleur .
