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Poème écrit par Ricocha

Piton douleur (Piton doulèr)

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La lune, timidement, s'efface,
Sous l'assaut d'une nuée fringante,
Et les astres laissent la place,
A une aurore rosée rampante,

Je marche depuis longtemps déjà,
Sur les galets de la rivière,
La foulée chante a cappella,
Les palpitations de la terre,

Ma solitude est avenante,
Immuable, comme la concrétion,
D'une sensation bienveillante,
Cicérone de mes intuitions,

J'enchaîne les cols et les ravines,
Par un dédale de sentiers,
Qui montent, dévalent et cheminent,
Dans un massif primaire altier,

Mon corps pleure, un flot acide,
Par toutes les failles de son écorce,
Mais la chair, toujours plus avide,
Réclame ce calvaire avec force,

J'escalade les mamelons,
De l'odalisque vertigineuse,
Avec audace et conviction,
Aux cris d'une corneille belliqueuse,

Mon cœur sonne, comme un tambourin,
Au gré de la sente qui serpente,
Sous la ramure des tamarins,
Et des fougères arborescentes,

Je coupe, par le Piton des songes,
Un bouquet de bois de violon,
Sournoisement, me prend, me plonge,
Dans les bras, d'un rude aquilon,

Je ressens, alors, la morsure,
De la froide et brumale rafale,
Et cette cuisante blessure,
Réchauffe une souffrance ancestrale,

Au firmament, plane un papangue,
Emporté par un tourbillon,
Qui tournoie, en quête de tangues,
Sur les hauteurs du Tampon...

Un Tec Tec moqueur, me brocarde,
Par sa cantate chatoyante,
Je suis séduit, et je m'attarde,
Devant cette invite bienveillante,

Une intense clarté amie,
Irise le tronc d'un vacoa,
Qui dissimule deux endormis,
Figés dans un pas délicat,

J'entends la mélodie de l'eau,
Qui chante, au creux de la rivière,
L'onde cristalline, apaise les maux,
Portés à ma chair, par la pierre,

Couché sur une roche vivace,
Je me noie dans le minéral,
Et le corps, un instant, s'efface,
A la faveur d'une paix astrale...

La lumière annonce son repli,
Devant Séléné qui s'apprête,
La clarté du jour a faibli,
Se fondant dans la nuit muette...

Des diamants éclatent dans le ciel,
Je peine, sous le rai de la torche,
Dans cette rampe démentielle,
Malmenant mes pieds qui s'accrochent,

La conquête de l'éminence,
Comble ma quête d'émotion,
Et je brigue avec impatience,
L'expiration du raidillon,

Le temps passe, le pas s'alourdit,
Quand Phébus enfin se dévoile,
L'obscurité prudemment blondit,
En ravissant au ciel ses étoiles,

Soudainement, entre deux pinacles,
S'offre l'azur de l'océan,
Cadeau des cieux, comme un miracle,
Ma fatigue abdique, en fuyant,

La délivrance approche enfin,
A l'ébauche du petit matin,
Je pense à l'auberge qui m'attend,
Comme son café Bourbon grisant,

Je dévale le glacis en criant,
Porté par l'écho qui cautionne,
Le feu de mon ravissement,
D'avoir culbuter la démone...

Ricocha, le 14 octobre 2020
Dédicace à tous les amoureux de l'île Bourbon et de ses cirques majestueux...

Tous droits réservés © Poème posté le 05/01/2026 par Ricocha

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