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Émergeant du sous-sol, quand parut la lumière,
Par millions d’un coup d’infimes gouttes d’eau
Poussèrent de grands cris dans leur petit berceau
Où la source chantait, ouvrant ses bras de mère.

Quel plaisir de baigner sous les rayons ardents
D’un soleil baptisé : témoin de leur naissance !
Ainsi prenaient leur bain les cœurs purs de l’enfance,
Dans cette eau que l’on met au front des innocents.

Mais l’aval, tel un ogre en quête de chair fraîche,
Réclamait sa pitance en flot de nouveau-nés ;
Ceux-ci tremblant de peur, par le cours entraînés,
Lancèrent un dernier au revoir à leur crèche.

Le destin chaotique, empreint de gravité,
Inexorablement les menait dans sa pente ;
Et les captifs voyaient au long de la descente
Leur cœur pur perdre un peu de sa limpidité.

Une fois engloutis et noyés dans la masse
On coucha sagement dans le lit du troupeau.
Qu’importaient les odeurs et la couleur de l’eau ?
On disait que poussait de la mousse en surface.

Si la plupart d’entre eux n’étaient pas au courant
Celui-ci s’inversait sur les bords de la rive.
Alors, les plus hardis, partant à la dérive,
Cherchaient pour la morale à prendre un remontant.

Ne sommes-nous pas tous, dans le cours de la vie,
Comme ces gouttes d’eau ? Pour certains résignés,
Et pour d’autres battants, ou peut-être indignés…
Mais pour tous, au final, la rivière est suivie.

© Poème posté le 04/01/2026 par Vuthy

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