Hier en Avignon
Mon frère d'Avignon ville de nos mémoires
As-tu jamais gardé le souvenir ossu
De ces avions odieux qui nous crachaient dessus
Hier en Avignon il faisait un froid noir
Hier en Avignon personne ne vivait
Hier en Avignon l'église et sa prière
Toutes deux s'étaient tues Hier hier hier
Avignon n'était plus rien que ses rues pavées
Hier en Avignon il n'y avait pour terreur
Que les yeux des passants qui déliraient Leur crue
Elle tient à un fil dans cette ville où leur
Enfance se fait neuve à chaque coin de rue
Qu'ils savent reconnaître Elle est bientôt leur heure
Hier en Avignon c'était la foire aux feux
La ration était stricte On y comptait du beurre
Un peu de pain bien sûr Du froid et de la peur
De l'eau un œuf du sel En bref des miettes feues
Et puisque les enfants finissaient leur labeur
Avant la mi-journée ni farine ni grain
Hier en Avignon on entendait gémir
Des canons quai Saint-Roch Des fleurs de cachemire
S'accrochaient aux vestons des hommes Mon parrain
Un soldat retraité ne pouvait plus dormir
Il ne faisait pour lui qu'un temps morose et froid
Ses amis étaient morts en combattant les Boches
La nuit était pour lui le souvenir des pioches
Quatre-cent-vingt-et-un Deux de cœur Reine As Roi
Il se tenait debout le menton en galoche
Et penchait sur sa canne au moins deux fois son poids
Il connaissait la pluie le brouillard de Maillane
Et n'en voulait qu'à lui d'avoir tordu sa canne
Sa chambre était fermée elle sentait la poix
Et accueillait son corps raide comme un platane
Hier en Avignon c'était la fin des temps
Ne te souviens-tu pas mon frère des livreurs
Qui jetant les journaux avec des yeux d'horreur
Sifflaient un au revoir et mordaient en partant
Leurs lèvres déjà bleues Et dis ces carreleurs
Qui travaillaient chez toi mon frère ont-ils fini
De pleurer leurs Maries leurs Jeannes leurs commères
Et l'ont-ils dégueulée cette pituite amère
Qu'elles n'aient jamais vu Roubaix ou Saint-Denis
Dis-moi mon frère ont-ils jamais senti la mer
Cette Mare Nostrum où Athènes Phocée
Sparte et Thessalonique avaient posé leurs armes
Avec ces reflets gris d'olives et de larme
Les ont-ils jamais vu ces oiseaux dépecés
Dans les bottes de paille Adieu j'entends l'alarme
Mon frère mon ami aux airs de chien battu
Tu partiras sans moi vers une autre misère
Tu marcheras sans moi dans de grands prés déserts
Et tu te souviendras des geais et des fétus
J'entends le couvre-feu les avions dans les airs
Ce matin Avignon a retiré son drap
Son suaire fripé Ce front baissé naguère
Il peut se relever Elle est finie la guerre
Enfants soldats parents prenez-vous dans les bras
Elle est épanouie la rate du vulgaire
As-tu jamais gardé le souvenir ossu
De ces avions odieux qui nous crachaient dessus
Hier en Avignon il faisait un froid noir
Hier en Avignon personne ne vivait
Hier en Avignon l'église et sa prière
Toutes deux s'étaient tues Hier hier hier
Avignon n'était plus rien que ses rues pavées
Hier en Avignon il n'y avait pour terreur
Que les yeux des passants qui déliraient Leur crue
Elle tient à un fil dans cette ville où leur
Enfance se fait neuve à chaque coin de rue
Qu'ils savent reconnaître Elle est bientôt leur heure
Hier en Avignon c'était la foire aux feux
La ration était stricte On y comptait du beurre
Un peu de pain bien sûr Du froid et de la peur
De l'eau un œuf du sel En bref des miettes feues
Et puisque les enfants finissaient leur labeur
Avant la mi-journée ni farine ni grain
Hier en Avignon on entendait gémir
Des canons quai Saint-Roch Des fleurs de cachemire
S'accrochaient aux vestons des hommes Mon parrain
Un soldat retraité ne pouvait plus dormir
Il ne faisait pour lui qu'un temps morose et froid
Ses amis étaient morts en combattant les Boches
La nuit était pour lui le souvenir des pioches
Quatre-cent-vingt-et-un Deux de cœur Reine As Roi
Il se tenait debout le menton en galoche
Et penchait sur sa canne au moins deux fois son poids
Il connaissait la pluie le brouillard de Maillane
Et n'en voulait qu'à lui d'avoir tordu sa canne
Sa chambre était fermée elle sentait la poix
Et accueillait son corps raide comme un platane
Hier en Avignon c'était la fin des temps
Ne te souviens-tu pas mon frère des livreurs
Qui jetant les journaux avec des yeux d'horreur
Sifflaient un au revoir et mordaient en partant
Leurs lèvres déjà bleues Et dis ces carreleurs
Qui travaillaient chez toi mon frère ont-ils fini
De pleurer leurs Maries leurs Jeannes leurs commères
Et l'ont-ils dégueulée cette pituite amère
Qu'elles n'aient jamais vu Roubaix ou Saint-Denis
Dis-moi mon frère ont-ils jamais senti la mer
Cette Mare Nostrum où Athènes Phocée
Sparte et Thessalonique avaient posé leurs armes
Avec ces reflets gris d'olives et de larme
Les ont-ils jamais vu ces oiseaux dépecés
Dans les bottes de paille Adieu j'entends l'alarme
Mon frère mon ami aux airs de chien battu
Tu partiras sans moi vers une autre misère
Tu marcheras sans moi dans de grands prés déserts
Et tu te souviendras des geais et des fétus
J'entends le couvre-feu les avions dans les airs
Ce matin Avignon a retiré son drap
Son suaire fripé Ce front baissé naguère
Il peut se relever Elle est finie la guerre
Enfants soldats parents prenez-vous dans les bras
Elle est épanouie la rate du vulgaire
