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Ode à l'ascenseur rénové
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Ode à l’ascenseur rénové,

On vantait son éclat, son retour triomphant,
Promis doux comme un souffle, agile et élégant.
Mais sitôt rétabli dans sa cage brillante,
Il gronde, il claque, il hurle : une bête grinçante
Autrefois, il glissait, discret comme la nuit,
Portant nos pas lassés sans vacarme, sans bruit.
Ce jour, chaque étage est une rude douleur :
Le sol tremble, le mur vibre, l’oreille en pleure
On croyait voir progrès, confort et paix dorée ;
On reçoit un vacarme, une plainte éraillée.
Ah ! Que sert de polir l’acier qui nous élève,
Si le calme s’enfuit, si le chaos s’y lève ?
Ainsi monte et descend ce monstre ranimé,
Dont tous les va-et-vient savent nous supplicier.
Alors, pauvres mortels, résignés, dans l’attente,
Supportez son courroux dans la cage tremblante …

Sous peu serez remerciés de votre patience :
Le démiurge viendra lui graisser les sabots,
L’encenser d’un onguent engendrant le silence.
Vous jouirez sans limite d’un merveilleux repos !
L’homme de l’art est venu réviser les palans,
Les câbles de traction et ceux de suspension,
Les freins de l’appareil étaient assez puissants.
Même du haut-parleur, il régula le son …
Ayant mené sa tâche au mieux de vos tympans,
L’enchanteur entreprit les autres bâtiments,
Tels le deux et le trois qui demandaient des soins.
Tour à tour, d’huile, les ascenseurs furent oints …

Les semaines suivantes, on pouvait entrevoir
Au milieu de la nuit, drapé dans un peignoir,
Un elfe, à un pallier, éprouver le poussoir
De cet engin muet assoupi comme un loir !
La quiétude du lieu l’empêchait de dormir,
Le silence du site engendrait ses soupirs.
Il supplia Hadès de répandre son ire …
Mais le dieu reposait et avait le sourire.

Paris, le 2 Novembre 2025

© Poème posté le 04/11/2025 par Songeur

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