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Le chemin d'étoiles*
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Quand j’aurai récolté tous les fruits de ma terre,
désherbé mes allées du chiendent des chimères,
quitterai mon jardin, me ferai pérégrin
en prenant ce bâton qu’on dit de pèlerin

Rien ne m’attend là-bas, ni salut ni pardon,
mais le chemin m'invite à suivre son sillon.

Quand j’aurai renoncé au doux de ma tanière
je mettrai dans mon sac la solitude amère,
la soif et la fatigue ainsi que les douleurs
qui cognent dans le dos de ces humbles marcheurs
glissant dans leurs souliers le sel de leur sueur

Aux croisées des regards, offrande inattendue,
fraîcheur inespérée d'un verre d’eau tendu,
je me délecterai de cette joie ténue
ou du curieux plaisir, pour une mécréante,
de goûter la saveur d'une oraison fervente.

Je prendrai soin, surtout, de ne rien ignorer
de ces radieux matins aux ailes déployées
sur l'aube frémissante aux visages mouvants,
coquelicots semés dans les cheveux du vent

J'irai jusqu'à chérir les soirs mélancoliques,
éreintés sous le poids de doutes erratiques

Lorsque j’aurai atteint le bout de ce voyage,
déposé le bourdon coiffé du coquillage,
sans doute ne serai ni pire ni meilleure
mais j’aurai partagé la peine et les bonheurs
de ces vieux compagnons qu’un même cri rallia
pendant plus de mille ans, pas à pas : ULTREÏA !**
*Chemin de Compostelle : Métaphore d'un vieux rêve que je n'ai pas eu l'opportunité de réaliser mais dont je ne me suis jamais lassée.

* *Le mot « Ultreia » vient du latin « ultra », qui signifie « au-delà » ou « plus loin ». Sur le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle, « Ultreia » est une sorte de cri de ralliement pour les pèlerins

© Poème posté le 12/10/2025 par Arielle

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