Je me souviens du port du Havre
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Je me souviens du port du Havre
Et de son magot de magouille
Aussi bien que de ce cadavre
D’homme plein d’algues et de rouille
Je me souviens des limousines
Toutes attachées aux poteaux
Et de tes quatre-vingt voisines
Qui se miraient dans mon bateau
Avec un sein de carapace
La sirène berçait les noyés
La mer ce vieil hôtel de passe
Sa petite-fille a choyé
Sacrons les dieux de l’oraison
Sophocle Eschyle et Euripide
Car la cruelle exhalaison
De Neptune est tout sauf sapide
C’était triste sans les dockers
Ce soir de quatorze juillet
Ah tu avais des hauts-le-cœur
Ma copine aux cheveux mouillés
Rappelle-toi les Volkswagen
Qui venaient sans avoir de freins
C’est toujours la même rengaine
Avec ces boches de refrain
Rappelle-toi de nos caresses
Dans les bateaux catamarans
Je me souviens de toi mairesse
Et de ta sueur de hareng
Je me souviens de ton goût acre
Et de tes replis de vin chaud
Je me souviens ton cul de nacre
Et le flot coulant du cachot
T’en souviens-tu de ces barmaids
Qui venaient toujours m’embrasser
T’en souviens-tu de ce remède
C’était ta cuisse et j’y glissais
Dans tes recoins de mal de mer
J’allais chercher de ta pitié
Et dans ton lexique sommaire
Je n’en trouvais que la moitié
Il faisait bien moins dix Celsius
Et nous étions tous deux dans l’eau
Lorsque tu m’apparus ma puce
Avec un teint plus que pâlot
Je m’en irai bien en Saintonge
Retrouver le goût de ton sang
En attendant je fais l’éponge
À mâchouiller tous les passants
Humecte donc quelques images
Que j’aille mouiller à Manille
Je m’en reviendrais à la nage
Si tu faisais faillir la quille
Tu noieras quelques éléphantes
Un jour de grêlons ou de pluie
Et si tu restes une infante
Je t’algorithmerai la nuit
Te feras-tu jamais la belle
Parallélise-moi veux-tu
Que je me fasse un peu rebelle
Et que le Titanic me tue
Les corbeaux gisent sur le sable
Je me souviens de mes appeaux
Et de leur réponse incroyable
C’est pour vous Nevermore et Poe
Avec le foc dans sa cabane
Et des rillettes de saindoux
L’éclusier ouvrira les vannes
Nous tomberons dans la gadoue
Le Rhône est loin de nous ma soeur
Le retrouverons-nous jamais
Je m’en souviens de sa douceur
Et de sa rive au mois de mai
Allez scaphandriers sans tête
Plongez dans votre marigot
Les jours sont toujours à la fête
Quand c’est la fin des haricots
Défaites vite vos scaphandres
Il est grand temps de se baigner
Dans le Xanthe ou dans le Scamandre
Quand oserez-vous vous saigner
J’ai déjà dépassé les poules
Et j’ai bien assez de moutons
Pour tricoter quatre ou cinq pulls
Et passer l’hiver sans coton
J’ai des bonnets et des chaussettes
Pas de quoi faire tout un plat
Je passerai la nuit sans Sète
J’ai tout vécu dis pourquoi pas
La mer avait un air gothique
Et revenant du cinéma
Je la trouvais bien esthétique
Semblable à celle qui m’aima
La Cèze c’était pour les pauvres
Et la Durance pour les fous
Aujourd’hui je vis à Hanovre
Et je n’ai plus de rendez-vous
Les rues avaient perdu leurs plaques
Et j’étais assis comme un chat
Sur la digue que la mer maque
Se déplaçant comme un pacha
Au diable les échos des conques
Et leur morale ensevelie
Si je veux parler à quiconque
C’est à ma vinasse et sa lie
La taverne à eau de ma tante
T’en souviendras-tu mon amie
Et de ses fenêtres battantes
Et de ses bières d’infamie
Je sais c’était un jour très noir
Où les mollusques se tuaient
Tu vivais jà dans ma mémoire
Ma petite Nine embuée
Et de son magot de magouille
Aussi bien que de ce cadavre
D’homme plein d’algues et de rouille
Je me souviens des limousines
Toutes attachées aux poteaux
Et de tes quatre-vingt voisines
Qui se miraient dans mon bateau
Avec un sein de carapace
La sirène berçait les noyés
La mer ce vieil hôtel de passe
Sa petite-fille a choyé
Sacrons les dieux de l’oraison
Sophocle Eschyle et Euripide
Car la cruelle exhalaison
De Neptune est tout sauf sapide
C’était triste sans les dockers
Ce soir de quatorze juillet
Ah tu avais des hauts-le-cœur
Ma copine aux cheveux mouillés
Rappelle-toi les Volkswagen
Qui venaient sans avoir de freins
C’est toujours la même rengaine
Avec ces boches de refrain
Rappelle-toi de nos caresses
Dans les bateaux catamarans
Je me souviens de toi mairesse
Et de ta sueur de hareng
Je me souviens de ton goût acre
Et de tes replis de vin chaud
Je me souviens ton cul de nacre
Et le flot coulant du cachot
T’en souviens-tu de ces barmaids
Qui venaient toujours m’embrasser
T’en souviens-tu de ce remède
C’était ta cuisse et j’y glissais
Dans tes recoins de mal de mer
J’allais chercher de ta pitié
Et dans ton lexique sommaire
Je n’en trouvais que la moitié
Il faisait bien moins dix Celsius
Et nous étions tous deux dans l’eau
Lorsque tu m’apparus ma puce
Avec un teint plus que pâlot
Je m’en irai bien en Saintonge
Retrouver le goût de ton sang
En attendant je fais l’éponge
À mâchouiller tous les passants
Humecte donc quelques images
Que j’aille mouiller à Manille
Je m’en reviendrais à la nage
Si tu faisais faillir la quille
Tu noieras quelques éléphantes
Un jour de grêlons ou de pluie
Et si tu restes une infante
Je t’algorithmerai la nuit
Te feras-tu jamais la belle
Parallélise-moi veux-tu
Que je me fasse un peu rebelle
Et que le Titanic me tue
Les corbeaux gisent sur le sable
Je me souviens de mes appeaux
Et de leur réponse incroyable
C’est pour vous Nevermore et Poe
Avec le foc dans sa cabane
Et des rillettes de saindoux
L’éclusier ouvrira les vannes
Nous tomberons dans la gadoue
Le Rhône est loin de nous ma soeur
Le retrouverons-nous jamais
Je m’en souviens de sa douceur
Et de sa rive au mois de mai
Allez scaphandriers sans tête
Plongez dans votre marigot
Les jours sont toujours à la fête
Quand c’est la fin des haricots
Défaites vite vos scaphandres
Il est grand temps de se baigner
Dans le Xanthe ou dans le Scamandre
Quand oserez-vous vous saigner
J’ai déjà dépassé les poules
Et j’ai bien assez de moutons
Pour tricoter quatre ou cinq pulls
Et passer l’hiver sans coton
J’ai des bonnets et des chaussettes
Pas de quoi faire tout un plat
Je passerai la nuit sans Sète
J’ai tout vécu dis pourquoi pas
La mer avait un air gothique
Et revenant du cinéma
Je la trouvais bien esthétique
Semblable à celle qui m’aima
La Cèze c’était pour les pauvres
Et la Durance pour les fous
Aujourd’hui je vis à Hanovre
Et je n’ai plus de rendez-vous
Les rues avaient perdu leurs plaques
Et j’étais assis comme un chat
Sur la digue que la mer maque
Se déplaçant comme un pacha
Au diable les échos des conques
Et leur morale ensevelie
Si je veux parler à quiconque
C’est à ma vinasse et sa lie
La taverne à eau de ma tante
T’en souviendras-tu mon amie
Et de ses fenêtres battantes
Et de ses bières d’infamie
Je sais c’était un jour très noir
Où les mollusques se tuaient
Tu vivais jà dans ma mémoire
Ma petite Nine embuée
Sur « La Mémoire et la Mer », avec une longueur moindre.
