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Bacchanale
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A boire, à boire, Oh là ! Servez-moi donc, enfin !
Versez-moi de la bière et versez-moi du vin !
Percez tous les tonneaux et toutes les barriques !
Je veux boire la France et toute la Belgique,
Et l’Amérique encore ! Oh là ! Par Dieu, du rhum !
Qu’on remplisse mon verre en sabrant un magnum.
Et je veux boire aussi cette liqueur très sainte
Pleine de poésie qu’on appelle l’absinthe,
Du malt - du douze ans d’âge - et de la tequila ;
A boire, par Bacchus, vite, à boire, Oh là là !

Qu’une vierge vêtue d’une feuille de vigne
Me tire du bon vin au moindre de mes signes ;
Et qu’une autre, montée pieds nus dans un pressoir,
Fasse en dansant jaillir le jus des raisins noirs !
Femmes ! Si j’étais Dieu, de vos grosses poitrines,
Jaillirait non du lait mais quelque vieille fine,
Et de vos ventres ronds, chaque nouvelle lune,
Sourdrait de l’abricot ou de la bonne prune,
Qu’en prière, à genoux, je m’en irai lécher...
Et je vous aimerais, sous vos jupes caché.

J’ai bu tous les châteaux, les coteaux, les cépages,
J’ai bu des champs entiers de houblon et - je gage -
Vingt mille hectares d’orge écossais, fort âgé ;
Et j’ai bu des pommiers, des pruniers, des vergers,
Des pêches bien sucrées, de folles mirabelles,
De l’herbe de bison de la steppe éternelle,
De la gentiane aussi, des cidres par milliers,
Des élixirs de moine et des jus de sorcier,
Et tous les tord-boyaux qu’on fait sur cette terre
Et la goutte, surtout, de mon défunt grand-père
Qui, d’un vieil alambic perlait à petit bruit.
Un jour même au Japon, je crois, j’ai bu du riz...

Je ne finis jamais de boire, je titube,
Et ma bouche, en chantant, cherche encore un bon tube ;
Mon visage a fleuri, je bafouille mes mots,
Mon foie est un forçat qui souffre mille maux
Mon patron me maudit, mon banquier désespère,
Je vis dans une étable où je dors solitaire,
Et comme un bienheureux, un clochard, un Jean-foutre,
Comme une éponge, un trou, comme un bœuf, comme une outre,
Comme un prince ruiné, décadent, aux abois,
Et comme un vrai poète, ô mes amis, je bois !
Et quand je paraîtrai, bientôt, devant le juge,
Je lui dirai : « C’est toi qui voulus le déluge ! »
Je mourrai magnifique et saoul de ce vin-là
Que j’aime plus que tout. Vite à boire, oh là là !

© Poème posté le 09/09/2025 par RommelPh

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