La boîte à chaussure
1
C'était l'époque où tous les oiseaux venaient mourir sous mes roues
Pigeons, tourterelles, pinsons, moineaux, mésanges, rouge-gorges et tous ceux dont j'ignorais le nom.
Le bourg se trouvait à sept kilomètres du terrain que nous occupions alors tous les quatre, j'allais y acheter mes cigarettes, mes bières, du lait et du beurre, ce genre de choses du quotidien.
Pour s'y rendre il fallait rejoindre la voie principale et pour cela serpenter sur une petite route boisée, passer devant une grande exploitation laitière et les immenses plantations de maïs et de colza.
Les arbres sur le bord de la route étaient un véritable paradis pour les oiseaux.
Et j'en tuais plusieurs chaque semaine.
Certains jours j'en tapais un à l'aller et un autre au retour. C'était barjo.
Chaque fois j'avais l'estomac qui faisait un noeud et c'était une averse de jurons.
J'y voyais un surtout mauvais présage.
Nous n'étions pas heureux et je buvais beaucoup.
Parfois il m'arrivait d'arrêter la voiture, alors je marchais jusqu'à l'endroit où je supposais que l'incident avait eut lieu, mais le plus souvent je ne trouvais rien. Le volatile avait du être projeté dans les fourrés où il agoniserait jusqu'à la mort.
Une fois j'en trouvais un. Je le ramassais et je déposais soigneusement sur le siège passager.
C'était un jeune merle, le duvet de sa poitrine était encore brun. Il ne bougeait pas et avait une petit goutte de sang qui perlait du bec. Je supposait qu'il était mort.
Mais au retour du supermarché, je le trouvais debout sur ses pattes.
Il ne bougeait pas.
Il ne babillait pas.
Il me regardait fixement avec son œil hérité des dinosaures.
J'envisageais de l'emmener chez le vétérinaire, mais il était déjà tard, et du reste je n'avais pas de quoi payer.
Je le ramenais donc chez nous ne sachant trop quoi faire.
Je trouvais une boîte à chaussures. Je percais le couvercle, tapissais le fond de fourrage, y ajoutais un coupelle d'eau, et une poignée de mélange de graines de sésame, pavot et tournesol.
Enfin j'y déposais le merle qui maintenant jasait de terreur.
Je refermais la boîte et la plaçais hors de portée de la chatte et des enfants et je n'y pensai plus.
Le lendemain matin, l'oiseau était mort.
Je n'en fus pas surpris mais j'éprouvais néanmoins une colère diffuse.
Je ne prit pas la peine de l'enterrer, je le jetais dans le talus, avec le fourrage et les graines.
Je récupérais seulement la boite à chaussures et la tasse d'eau.
Ce phénomène dura encore de nombreuses semaines, et j'en étais de plus en plus affecté.
Ce n'était qu'une question de temps avant que le rideau s'ouvre sur le drame en coulisses.
Mais cela cessa brusquement.
Du jour au lendemain, je ne percutais plus aucun oiseau.
Ils étaient partis mourir ailleurs.
Sous d'autres roues, dans d'autres pièges.
Tant d'années à forcer sur les médocs et la bouteille; ma mémoire bien sur me joue des tours mais il me semble -du moins c'est ainsi que je lie les deux événements- que cette funeste série prit fin peu après ce matin de printemps où tu installas les enfants dans la voiture.
Je t'ordonnais de partir et t'implorais de rester.
Je hurlais et je pleurais et les enfants pleuraient aussi.
Mais tu ne dis pas un mot, tu démarras en trombe et je vous vis quitter notre domicile pour de bon et disparaitre sur la petite route boisée, celle où tant d'oiseaux chantaient encore.
Pigeons, tourterelles, pinsons, moineaux, mésanges, rouge-gorges et tous ceux dont j'ignorais le nom.
Le bourg se trouvait à sept kilomètres du terrain que nous occupions alors tous les quatre, j'allais y acheter mes cigarettes, mes bières, du lait et du beurre, ce genre de choses du quotidien.
Pour s'y rendre il fallait rejoindre la voie principale et pour cela serpenter sur une petite route boisée, passer devant une grande exploitation laitière et les immenses plantations de maïs et de colza.
Les arbres sur le bord de la route étaient un véritable paradis pour les oiseaux.
Et j'en tuais plusieurs chaque semaine.
Certains jours j'en tapais un à l'aller et un autre au retour. C'était barjo.
Chaque fois j'avais l'estomac qui faisait un noeud et c'était une averse de jurons.
J'y voyais un surtout mauvais présage.
Nous n'étions pas heureux et je buvais beaucoup.
Parfois il m'arrivait d'arrêter la voiture, alors je marchais jusqu'à l'endroit où je supposais que l'incident avait eut lieu, mais le plus souvent je ne trouvais rien. Le volatile avait du être projeté dans les fourrés où il agoniserait jusqu'à la mort.
Une fois j'en trouvais un. Je le ramassais et je déposais soigneusement sur le siège passager.
C'était un jeune merle, le duvet de sa poitrine était encore brun. Il ne bougeait pas et avait une petit goutte de sang qui perlait du bec. Je supposait qu'il était mort.
Mais au retour du supermarché, je le trouvais debout sur ses pattes.
Il ne bougeait pas.
Il ne babillait pas.
Il me regardait fixement avec son œil hérité des dinosaures.
J'envisageais de l'emmener chez le vétérinaire, mais il était déjà tard, et du reste je n'avais pas de quoi payer.
Je le ramenais donc chez nous ne sachant trop quoi faire.
Je trouvais une boîte à chaussures. Je percais le couvercle, tapissais le fond de fourrage, y ajoutais un coupelle d'eau, et une poignée de mélange de graines de sésame, pavot et tournesol.
Enfin j'y déposais le merle qui maintenant jasait de terreur.
Je refermais la boîte et la plaçais hors de portée de la chatte et des enfants et je n'y pensai plus.
Le lendemain matin, l'oiseau était mort.
Je n'en fus pas surpris mais j'éprouvais néanmoins une colère diffuse.
Je ne prit pas la peine de l'enterrer, je le jetais dans le talus, avec le fourrage et les graines.
Je récupérais seulement la boite à chaussures et la tasse d'eau.
Ce phénomène dura encore de nombreuses semaines, et j'en étais de plus en plus affecté.
Ce n'était qu'une question de temps avant que le rideau s'ouvre sur le drame en coulisses.
Mais cela cessa brusquement.
Du jour au lendemain, je ne percutais plus aucun oiseau.
Ils étaient partis mourir ailleurs.
Sous d'autres roues, dans d'autres pièges.
Tant d'années à forcer sur les médocs et la bouteille; ma mémoire bien sur me joue des tours mais il me semble -du moins c'est ainsi que je lie les deux événements- que cette funeste série prit fin peu après ce matin de printemps où tu installas les enfants dans la voiture.
Je t'ordonnais de partir et t'implorais de rester.
Je hurlais et je pleurais et les enfants pleuraient aussi.
Mais tu ne dis pas un mot, tu démarras en trombe et je vous vis quitter notre domicile pour de bon et disparaitre sur la petite route boisée, celle où tant d'oiseaux chantaient encore.
