Le grand ébranlement
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Sur la terre asséchée plane une poudre grise ;
Un par un le grand chêne extirpe ses longs pieds,
Il s’en va d’un pas sûr que la faim galvanise,
Lent et majestueux, portant haut son houppier.
La forêt toute entière accompagne ce roi
D’un même ébranlement. Les vallées retentissent
Des grands pas fracassants qu’accomplissent les bois
Dans leur folle ruée vers l’onde salvatrice.
Broyant le macadam, écartelant les rails,
Par delà les faubourgs ils pénètrent la ville,
Dédaigneux du chaos tant la soif les tenaille,
Ils vont droit vers le fleuve où l’eau n’est plus qu’un fil.
C’est le fil de la vie et celui de l’espoir ;
Alignés sur la rive ils plongent leurs racines
Dans le terreau aqueux de ce vaste couloir ;
La fournaise du jour avec le soir s’incline.
La vapeur du feuillage et la brume de mer
S’assemblent pour nourrir de fabuleux nuages
Où crépite la pluie au milieu des éclairs ;
Tel fut le branle-bas de cette nuit d’orage.
