Vide-greniers
5
Les greniers sur les trottoirs
déballent tumultueux
leurs dimanches généreux
en rognures de mémoire
Une robe de mariée
que la brise rend frivole
valse au bras d'un parasol
le cœur un peu barbouillé
Une vaisselle ripaille
sur les franges d'un tapis
autour d'un chaudron fleuri
d'une gerbe d'éventails
Revues du siècle passé
rafraîchissantes nouvelles
de ce rocker en flanelle
qu'on supposait trépassé
Le soleil vient chatouiller
le cuivre des casseroles
Au clocher midi s'envole
dans un chahut de ramiers
Gaufres, frites en sueur
envahissent le parvis
et sous le porche ravis
les saints s'enivrent d'odeurs
Tandis qu'un printemps farceur
par une averse fugace
s'en vient barbouiller la glace
d'une bonnetière en pleurs
On s'esclaffe on s'interpelle
chacun fier de sa trouvaille
s'offre l'or de sa médaille,
fanfreluche ou bagatelle
qui dès ce soir oubliée
aura changé de grenier
