Les pleins et les déliés
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La plume sur le papier
Se pose, comme en attente,
Et le parfum du cahier,
Calme et suranné, l'enchante.
Tracer en tout premier lieu
Une grande majuscule,
Puis l'orner en son milieu
D'une scène minuscule :
Quelque chose de nouveau,
Quelque chose de champêtre,
Tiens, par exemple, un oiseau
S'envolant par la fenêtre.
De la rigueur, voulez-vous ?
Poursuivons cette écriture !
Reprenez, appliquez-vous,
Sans l'ombre d'une rature.
Lettre à lettre dérouler
Le long ruban de la ligne,
Lors avec grâce y broder
Chaque courbe, chaque signe.
Il faut que l'ensemble soit
Pour les yeux pure harmonie
Et qu'on y trouve de quoi
Se sentir l'âme ravie.
Bien ! Voilà qui est parfait !
Voilà qui devient plus sage !
Recopiez s'il-vous-plaît
Fidèlement cette page.
Il y a de la lenteur
Dans ce récit de naguère,
Et l'esprit de son auteur
Semble veiller, tutélaire.
Qu'il est donc suave et doux
D'éveiller l'encre assoupie
Et de faire, à petits coups,
Œuvre de calligraphie.
Les pleins et les déliés
Tissent, subtile élégance,
Sur les mots émerveillés
Le crissement du silence.
