Apo (Pour Abdullah Öcalan)
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Dans la mer de Marmara il y a une île.
Autour de l’île circulent les lourds navires.
Ils voguent vers le nord chargés de conteneurs
ou vers le sud gonflés de pétrole ou de blé.
Les rides de leurs sillages caressent l’île
comme font les ondes mouvantes de l’oubli.
Oui, dans la mer de Marmara il est une île.
Dans l’île d’Imrali il est une prison.
Dans cette île-prison respire un homme seul.
Dans cet homme il y a un cœur, une mémoire.
Dans cette mémoire il y a toute l’histoire
de son pays depuis l’empire du Hatti,
les Perses et les Grecs, Alexandre le Grand,
les Romains, et les Turcs surgis depuis l’Asie,
les Ottomans, les Arméniens persécutés.
Dans la mer de Marmara il y a une île.
Autour de l’île se bercent les calamars
et les poulpes dans les sillages des bateaux.
Les ondes de l’oubli se brisent sur les berges.
Mais dans l’île pourtant il est une prison,
un homme seul avec un cœur, une mémoire.
Et dans cette mémoire il y a un enfant
qui joue à l’Orient dans les collines kurdes,
la première prison d’un étudiant rebelle
et le Parti des Travailleurs du Kurdistan,
l’homme traqué jusqu’au Kénya et sa capture
et la prison à vie dans l’île d’Imrali.
Dans la mer de Marmara il y a une île.
Dans cette île-prison se dresse un homme seul.
Dans cet homme il y a une mémoire, un cœur.
Dans ce cœur il y a la volonté de paix,
le courrier échangé avec Murray Bookchin
où mûrit ce projet de vraie démocratie
où les communes autogérées vont s’unir
comme font les camarades du Rojava.
Dans la mer de Marmara il y a une île,
dans l’île une prison, dans la prison un homme
avec un cœur qui bat dans le souffle du vent,
un cœur qui pleure aussi lorsque tremble la terre,
avec un cœur qui chante encore avec l’oiseau.
Qui brisera demain les portes des prisons ?
Tandis qu’à Istanbul pérore le tyran
l’onde que les bateaux soulèvent en passant
s’évanouit bientôt comme se meurt l’oubli.
