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Plaisir
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Je rimerai des odelettes,*
Et des refrains, traits d’arbalètes,
Auront l’éclair de mille ablettes,

Etourdissant le Lotus, roi
Blanc de l’étang, - Dis-moi pourquoi
Ce brochet, sot, ferait la loi ?

- Il, du pêcheur, casse la ligne,
Il a le muscle vif et digne
Il est fort, je persiste et signe !

- Mais si frêles que nous soyons,
Est-ce une vie, enfin, voyons ?!
Dès l’aube, déjà, nous fuyons…

…Combien de sœurs avons-nous eues,
Combien d’âmes avons-nous vues,
Mourir, combien d’horreurs non sues ?

Ainsi, dans sa froide beauté,
La fleur, flétrie en sa gaité,
S’interrogeait sur le Léthé :

- L’oubli n’est point supercheries,
Lavant du ciel et des prairies
Le sang d’agaçantes tueries.

Mais l’alevin dans ce décor,
Face au barracuda, cador,
Voit sa fin plus que son essor :

- Dis-moi, Blancheur, ce que je gagne,
Quand, tous les jours, j’ai la cacagne ;
J’ai peur, seul, le hasard m’épargne.

- C’est ainsi, vis, vois, nage et ris
La nature n’a de mépris
Ni pour toi, ni pour le cypris,

Et d’elle, tu seras l’élève
Seule sa morale nous lève :
« Ici, petit, c’est nage ou crève ».

- Alors je serais l’obligé
Par un lourd diktat infligé
De subir cet instant mâché ?

- Tu seras, des roseaux, Déesse,
D’un mont callipyge, la fesse,
Et du démon, lige, l’ogresse

- Blancheur, tu m’es un dégoût, pis
Que le plus usés des pubis
Que frotte un bâtard Anubis,

J’espérais en toi le flot grège
Une ultime lampe qu’on lèche
L’étincelle au cul d’une mèche,

Mais ta langue est de mille effrois
Se cogne à d’invisibles croix
Il faudrait qu'à tout ça, je crois ?

- C’est le seul chemin, quand on l’ose,
Qu’on soit Moby Dick ou l’alose,
Qui nous saigne ni ne nous rosse.

- Qu’on me retourne sur le gril
Qu’on m’asticote le nombril,
Je suis mai bien après avril.



* Dernier vers du poème « Loisir » de Th. de Banville

© Poème posté le 14/09/2024 par Lau

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