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Taquiner la musique
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Tombe dans le panneau: Louveciennes, Angers, Nevers,
Quand la herse encalmine les campagnes arasées,
Que fulmine ses sermons le pater mal rasé,
Que ses closent les persiennes, disent« anger », disent « never ».

Ces pâtés de maison, où entre chien et loup,
Mélangent les vies rangées des cellules familiales,
Sublimes et minuscules, des rébellions filiales,
Des tragédies intimes, ont le portail jaloux.

C’est aussi attendu que les boules à Noel,
Cold turkey(1) annuelle, confits dans le glucose,
C’est aussi stupéfiant dans le grisouille nivôse,
Que lorsque pour Marie, parut l’ange Gabriel :

Des riffs et des synthés, que crachent les transistors,
L’averse londonienne, le crachin de Cardiff,
Des conflits, des syncopes, des chorées, des chicores,
L’histoire qui se mesure à la longueur des tifs.

Objets transitionnels, les lads de Liverpool
Donnent le la et la clef, sans merci, du succès,
La Meuse sera un affluent de la Mersey,
Les rockers aux joues creuses, des parangons du cool.

Jean enfourche le horse des Pierres Philosophales,(2)
Il vide au Nevada, des caisses de mauvaise gnôle,
Quand le volume s’affole, au volant il s’affale,
Se corse l’addiction et déraille la bagnole.

Traversant l’Amérique, il tâte une veine lyrique,
Vers la Californie des rêves adolescents,(3)
Amère comme une descente d’extases psychédéliques,
Et fournissant sa dose d’hôtels obsolescents.

Il se retrouve aux Keys, et largué en Floride,
Riders et p’etty boys(3) ont l’abdos florissant,
Le soleil redoublant de suggestions de torrides,
Il vire jaune tournesol, a l’oreille de Vincent.

Rejeton déjeté des remontées acides,
Epigone de Leary,(4) de Sid et de Barrett,(5)
Grattouillant sa cover de « Rock n’ roll Suicide»,(6)
Le karma mal barré, il monte dans la charrette.

Graillant au Burger King, lorsqu’un sosie du King,
Roucoule« Love Me Tender », c’est une épiphanie,
Il overdose la route et dépose au parking,
Qu’un hitch-hiker (7)les gaule, les névroses de Marnie.(8)

Un quatrain attendra, l’épilogue attendri,
C’est carrément à l’oued, que rode telle une bombasse,
L’oud d’un raï des faubourgs grouillants d’Alexandrie,
Magique tel Houdini, tel Macca à la basse.(9)

Les cordes, à tout crin, jouent, sur du velours usé,
Le veston côtelé des gentlemen-farmers,
La nostalgie abuse de stratégies rusées
Il assume ses erreurs: long gone is the summer.

Un poème qui paraîtra peut-être à ceux (et ils doivent être un certain nombre sur le site) qui ne sont pas familiers de la culture pop-rock.
Les nombreuses évocations des drogues n'en constituent nullement une apologie.
(1) Littéralement dinde froide, crise de manque en argot.
(2) Wild horses, les chevaux sauvages


des Rolling Stones. Horse signifie l'héroine en argot.
(3) Jolis garçons prononvée à la manière afro-américaine. Tom Petty auteur compositeur décédé d'overdose est originaire de cet état.
(3) Hotels californiens magnifiés par les Eagles
(4) Timothy Leary, chantre du LSD
(5) Syd Barret et Sid Vicious, grands brulés du rock
(6)Chanson de David Bowie
(7) Auto-stoppeur
(8) Pas de printemps pour Marnie d'Alfred Hitchcock
(9) Mac Cartney

© Poème posté le 22/08/2024 par Deshaiessaintes

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