Mon arbre
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J’ai rencontré mon arbre un jour de flânerie,
Entre une aube d’hiver et le bleu de l’été,
Sous la brume aux longs doigts gantés de rêverie,
Au bord d’un crépuscule en sa rousse beauté.
Me voyant approcher, de mon pas solitaire,
L’auguste et vieux géant m’a dit : ‘’Bien le bonjour !
Acceptez ce parfum qui me vient de la terre,
Je vous l’offre en ami, prenez-le sans détour’’.
Il m’a fait les honneurs de son coin de colline
Où commencent les champs, où finit la forêt,
Puis il m’a présenté la source sa voisine,
Amoureuse éperdue d’un trop lointain sommet.
J’ai construit ma cabane entre ses fortes branches,
Parmi les chants d’oiseaux, sous le ciel vagabond.
Là, son ample feuillage orne le gris des planches
D’un manteau où le vent s’enroule et se confond.
Quand je monte cacher en ce calme repaire
Mes instants les plus fous dont il est confident,
L’arbre se fait complice et garde le mystère
De tout ce que je tais, de tout ce qu’il entend.
Il m’a cent fois conté la naissance des mondes,
Les galaxies lancées du fond de l’univers,
La hâte des fourmis, leurs incessantes rondes,
Les soleils presque blancs, les torrents presque verts.
Il connaît l’alchimie des midis invincibles
Et les sphères de l’air où passent des soupirs,
Il sait faire vibrer les rochers impassibles
D’élans insoupçonnés, d’indicibles désirs.
Quand le monde s’agite et s’épuise, fébrile,
Il me plaît de m’asseoir, il me plaît de dormir
En ce havre habité d’un silence immobile
Dont le frémissement ne saurait se tarir.
Lors, s’ouvre une contrée que la chair éphémère
Ne touche que du songe, un pays deviné
Où, parmi les clartés d’une ombre tutélaire,
S’élève et resplendit mon arbre, couronné.
