La retraite
Le jardin jusque-là avait deux portes
L’une pour entrée, l’autre pour sortie
A nulle autre, l’une pareille
Le travailleur s’y rendant
Aspirait à briser les chaînes
Entourant ses muscles.
Dorénavant de ses mains n’extraire
Jusqu’au sang le gravier du lit de sueur
Si ce n’est dans ses paumes éclairées
Lever l’offrande d’une graine au roitelet.
A la litanie des pierres
Chaque pas devient un peu moins utile
Le chemin n’a plus l’ambition d’harasser le marcheur
Il a la réserve des culs-de sacs ombragés
Où les branchages des mots
Laissent passer tellement de silence !
N’est l’écho de givre
Rappelant à la nuit son devoir de retrait
Ou aux terres emblavées l’épreuve du pain
Le matin l’angelus sonne en vain.
Et maintenant que tous les chiens se reposent
Voilà qu’il est possible de laisser à l’abrondie
S’apaiser lentement les braises du jour
Dans l’âtre de son corps
Nul besoin de soleil
Pour voir briller son ombre
Dans les yeux d’autrui
Dont on a plus que faire
Le jardin s’étend dorénavant
De part et d’autre
De la plaine du temps
