Mon balcon sur la mer
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Au pied de mon balcon
la mer froissait la nuit
en déroulant ses draps d'écume soliloque,
son babil s'accordait aux claviers des galets
ces bâilleurs d'insomnie
dont les dents s'entrechoquent
A l'aube, l'arrachant aux plis de sa torpeur,
le soleil goguenard
piquait de ricochets un grand miroir grêlé
peuplé d'oiseaux bavards,
La mer jouait à fuir talonnant l'horizon
Nous mâchions tout le jour le sel de son haleine,
entre lande et falaise
tentions d'apprivoiser ses fantasques errances
et goûtions, dans un creux,
suaves ses humeurs
En ronronnant le soir
alanguie la féline
frottait contre la digue un museau débonnaire
Mais les lueurs du port lui labourant l'échine
électrisaient son œil
où se lit l'agonie d'un îlot décloué,
de vaisseaux égarés qu'un ouragan lacère
ou de noyés hagards coiffés de goémon …
Sous mon balcon la mer
se muait en démon
