Etoffes
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Lille. Et tu vins ma fille auprès des tristes nords
Depuis la Somalie et sans aucun remords
Apposer tes yeux noirs sur la belle vitrine
Du civilisé monde, - en vis-tu des tissus ?
Mais chevillée au corps, ta douce âme au-dessus
De la souffrance, empruntais-tu l’ultramarine
Sente, loin de la barbe horrible du shebab
A ne point te soumettre aux verges du nabab
A tricoter l’infâme absurdité du voile ;
C’est sur un pigment fol que leur cuir est teinté
De violence et leur acte idiot pigmenté
Est fait de l’irrationnel que l’on prête au squale.
A tournoyer ainsi sur la Terre, Mulyan,
Tu fredonnes ton trille à l'instar du pluvian;
Quand de Kismaayo, le chant de ta mémoire
Anime ton esprit, près du Kenya, le soir,
Que le décor ici ne peut que te messeoir,
Vets-toi du satin clair, cette indicible moire.
