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Une boutanche à la Manche

Perché, tel le baron,(1) un phare déboussolé,
D’entêtées pulsations, balaie le promontoire,
Juché, telle la Sœur Anne, dans sa tourelle d’ivoire,
Je hume, l’embrun brumeux des histoires dessalées.

La plage livide jonchée d’un fatras déjeté,
-Sac postaux éventrés, cadavres de bouteilles,
Et secrets éventés,- à des naufrages, pareil,
Git au bout des rouleaux, qu’emboutit la jetée.

Des goulots étranglés, débondent les sens cachés,
Des lettres de cachet, des lettres pour Elise,
Des espoirs fracassés sur d’escarpés rochers
Des querelles de clochers où les destins s’enlisent.

Un écheveau humain : cheveux entremêlés,
Escarpins, médaillons aux fermoirs amochés,
Détresses et méprises, balises échevelées ;
Des lots d’intimes blessures que les vagues viennent lécher.

Des corolles qu’auréolent les sécrétions salines :
Nénuphars évasés dont bave l’encre violine,
Confessions délavées, coulées de fard, mouchoirs,
Les violons effarés salivent sur le perchoir.

Membranes et filaments, de rébus desséchés,
De tirages épuisés, garnissent mon épuisette,
Sur la grève étiolée, j’y file l’effiloché,
Telles des pierres de Poucet ou des pierres de Rosette.

Jouvencelles que barbait la cellule d’un barbon,
Lieutenants qui tenaient à perdre le combat,
Et boucaniers jaunis par les coups de tabac.
Ils s'y jetèrent à l’eau, en songeant « à quoi bon ? »

Ils éclaboussent les pages, sur l’étagère blanchissent,
Ou s’étalent sur les toiles, aquarelles et marines
Qui tapissent les mémoires, puis qui dans l’oubli glissent,
Dont l’impression tenace palpite sous la narine.
(1) cf. le roman d'Italo Calvino

Tous droits réservés © Poème posté le 18/04/2024 par Deshaiessaintes

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