Je sais une forêt
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Je sais une forêt, toute d’ombre et de mousse,
Une forêt qu’habite un silence profond,
Où le vieil or du temps de lumière éclabousse
Les fougères penchées, le sentier vagabond.
Le pas vient y goûter les amples altitudes
Des sommets où se tient cachée l’éternité,
L’âme puise en ces lieux le suc des solitudes
Et le nectar subtil de la sérénité.
Si l’on prête l’oreille aux clartés de la brise,
On perçoit une voix que l’arche du lointain
Semble garder captive, une voix dont se grise
La voûte émerveillée des branches du matin.
C’est d’abord un murmure intangible, ineffable,
Qui caresse l’écho de ses doigts assourdis,
Puis c’est, vive déjà, la fraîcheur insondable
De la roche apaisant la soif des longs midis.
Alors, vient l’heure tendre où le soleil décline
En son rideau de brume et se plaît à s’asseoir
En un secret repli de son antre où s’incline
Le vaste grondement de la rive du soir.
Là, c’est plus qu’un torrent qui bondit, qui se rue
À la face du vent. Sa gorge de géant
S’ouvre en un roulement qui pétrifie la nue,
Précipitant l’azur en un gouffre béant.
Je sais une forêt où plonge une cascade,
Une forêt penchée sur la mousse du temps,
Où le silence prend la densité du jade,
Au bout d’un vieux sentier qui médite à pas lents.
Poème inspiré par les forêts et cascades du Jura
