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La salle d'attente et Keith Haring
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Aujourd'hui comme hier, c'est un jour d'IGR,
Mais pourtant aujourd'hui, c'est une première.
Je ne peux plus conduire, j'suis venu en taxi
Et cela me perturbe, quelqu'un qui me conduit

IGR aujourd'hui, c'est une première fois,
Il est bien des endroits que je ne connais pas.
Pour vaincre la maladie, c'est un si grand endroit.
Je m'enfonce aujourd'hui, vers les sous-sols, en bas...

C'est au deuxième sous-sol qu'aujourd'hui j'atterris,
Pour une première séance de radiothérapie.
Guérir en écoutant la radio, trop sympa...
J'n’avais pas tout compris, on va m'expliquer ça !

J'suis plus près de Star Wars et des rayons laser !
Brûler quelques cellules qui elles même me brûlent.
C'est juste ce petit jeu, qu'en cinq jours je vais faire,
Afin que mes douleurs ne deviennent ridicules.

J'suis dans la salle d'attente, un peu par habitude,
Mais dans cette salle-là, c'est la première fois.
Alors, j'regarde, pour éloigner la lassitude,
Je m'attarde sur les lieux, sur les gens et sur moi

Les lieux sont agréables et même colorés,
Agrémentés de toiles de l'artiste Keith Haring.
Les bruits des moteurs de machine viennent troubler
La douceur des lieux, le calme et le feeling...

La p'tite salle où j'attends est faite pour les enfants.
Une petite licorne, court en tous sens et joue,
Comme elle, j’aimerais devenir un enfant.
En toute désinvolture, ne plus devenir fou.

Avec cette tête qui pense, et ne s'amuse plus.
Elle joue, son serre-tête de licorne sur la tête,
Sur cette tête chauve, la maladie l'a eu !
Insouciante, je la regarde et me sens bête...

Sur le siège là-bas, un couple attend son tour.
Je n'les vois que de dos, quel est donc le malade ?
Les regarder ainsi, ce n'est pas très glamour,
Pour cacher mon stress, mon regard se balade.

Soudain, elle se lève, je la vois de profil,
Elle est tellement livide, la malade c'est elle.
J'vois son ventre arrondi, les images défilent...
Porter la mort et la vie en parallèle.

Se battre pour la vie, et sa deuxième vie !
Mon combat me paraît alors si dérisoire.
J'suis là pour gagner un peu de temps et de vie,
Son combat, j'imagine, c'est qu'cette vie doit croître.

L'homme au bras de sa femme qui marche dans le couloir,
Ne retient pas ses pleurs qui coulent abondamment.
Inconsolable, il est maintenant dans le noir,
Je sais, le premier coup frappe si violemment !

Nous sommes mercredi, les enfants se déguisent,
Et semblent indifférents à ce qui leur arrive.
Je regarde cette douleur ambiante et je crise.
Quelqu'un me regarde-t-il pendant que je dérive...

Je relève les yeux, l'endroit est agréable
Les toiles de Keith Haring m'entraînent vers un ailleurs,
Ailleurs qui pourtant devient indissociable
De cette maladie et m'plonge dans la frayeur .

"Le surfer", quand on y pense c'est ce que nous faisons,
Sur cette mer déchaînée qui est la maladie,
On tient en équilibre avec satisfaction,
En évitant la submersion, la tragédie...

Sur cette fine planche, il n’faut pas que je flanche,
Et presqu'à chaque vague, je crains de me noyer.
Voilà ce que cette image en moi déclenche,
L'art vous emmène en fait où vous le souhaitez.

"La danse autour du monde" est vraiment un mystère ,
Les personnes dansantes, sont-elles encore vivantes ?
Il n'y a que d'en haut qu'on peut voir cette terre !
Telle qu'elle apparaît, verte et luxuriante.

Autour de cette terre, y'a des graduations,
La terre est une horloge et me parle du temps
Le temps comme la terre, tourne sans modulation.
Moi, je vois dans cela, ce qu'il reste de temps..

Puis cet "arbre de vie" qui invite au bonheur.
Les personnages semblent prier, les yeux en l'air,
Peut-être pour rester en vie, dans la douceur
De l'arbre vert que nous prodigue la terre.

En regardant de près, moi j'y vois autre chose,
L'arbre est composé de personnages verts,
Les autres, ceux qui prient ont une couleur d'automne,
Comme tombés de l'arbre, ils voudraient être verts

C'est tout ce que je voudrais réaliser,
J'veux pouvoir surfer la vague nonchalamment,
J'veux pas voir la terre d'en haut, j'veux y marcher,
J'veux rester sur cet arbre, je n'veux pas qu'on l'élague...

C'est ainsi que le temps passe plus vite,
Bloqué et contraint, dans cette salle d'attente.
Très vite elles arrivent les pensées parasites,
C'est mon tour, ça fait longtemps que je patiente...
Le surfer,la danse sur le monde et l'arbre de vie sont des œuvres de Keith Haring, suspendues dans cette salle d'attente,regardez sur le net, vous verrez peut-être ce que j'y ai vu,sauf que moi,j'étais à L'IGR !

© Poème posté le 19/02/2024 par Reverbrol

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