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Poème écrit par Deshaiessaintes

Boeing another man(ou Décollage rétinien à l'aéroport international)

1
C’est un pont suspendu, entre songes et réel,
Une ruche vibrionnant d’espoirs informulés,
Une enclave apatride, où mettent, les caravelles,
Les voiles, que profilaient leurs châssis fuselés.

Les fronts sont dégagés, de vaines obligations,
Comme une voie à minuit, des cieux caribéens,
Même l’ennui est gracieux, le sas, prométhéen,
Les salons, des alcôves, propices aux sensations.

Les ballerines ventrues, - dont l’emballant ballet
Entrecroise les destins-, défient le sage Icare ;
Ces prémices cristallisent les promesses de départ,
Préfigurent les délices des argileux palais.

Massé par les messages d’hôtesses désincarnées,
J’entreprends un voyage intérieur au long cours,
Dans l’état cotonneux de ouate capitonnée,
Des repères antérieurs, les remparts n’ont plus cours

Tel un ballon, ma tête, s’est perdue dans les nues,
(De fumées des Havanes aux volutes parfumées,
De vapeurs des hammams ou des bouches affamées
De métros aériens aux pavanes biscornues ?)

Aimantée par les rôles et les pôles opposés,
L’aiguille déboussolée fixée sur les tropiques,
Ses cancers et ses plages, ses possibles utopiques :
Un oiseau de nuit, s’est, sur mon épaule, posé.

La luxure de Louxor, la luxuriance d’Angkor,
Un song book dans mon sac quand, vanné, me parlaient,
Souks et bouddhas retors aux dais de bronze et d’or,
Bergers, aux belles étoiles et bonzes de Mandalay.

Le syndrome de Stendhal dans les aérodromes,
Consiste à adopter sous d’aveuglants midis,
-Offrande en duty free au Baron Samedi(1) -:
L’aller-retour constant comme dans un palindrome.

Tels les chromes des vespas, réverbèrent, d’Italie,
Boudant, sardes bouclés et sardoniques romains,
L’atterrissage, sans cesse, remis au lendemain,
Je dévalise Boccace à l’escale Napoli.

L’Amérique que j’ai, Colombo, redécouvert,
A l’imago hobo, le tropisme rêveur,
Jack Kerouac y prend langue avec Raymond Carver,
Les perdants flamboyants en sont les beaux joueurs.

Echarpe brumeuse, Vancouver, en bandoulière,
Les guirlandes océanes de Portland comme viatique,
J’ai, l’embrun Atlantique, comme cour particulière :
Un balcon portuaire donnant sur la Baltique.

En signant leur passage d’un ruban liquoreux,
Les longs courriers déballent, mes malles, poste restante,
Le volatil tatouage, tracé par devers eux
Encore sur ma cornée : en partance, je m’absente.
(1)Divinité vaudou incitant à jouir des plaisirs de la vie car celle-ci est éphémère et la mort prochaine.

Tous droits réservés © Poème posté le 04/09/2023 par Deshaiessaintes

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