Sa Seigneurie l'Etang
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C’est d’abord le perron, solennel, immobile,
Qu’on descend d’un pas lent, d’un pas grave et pensif,
Comme si le château, vieux fantôme tranquille,
Allait soudain renaître, impassible et massif.
Puis ce sont les jardins, l’ombre de leurs allées
Pleines du ciel des fleurs et des saisons du vent,
Ce sont mille senteurs cueillies, entremêlées
En des bouquets plus fous que les jeux d’un enfant.
Plus loin que les midis rêveurs de la charmille,
Au bout du long chemin qui s’en va courre au bois
La frêle libellule, un calme étang s’habille
Du suave frisson des récits d’autrefois.
Sur ses rives, parmi le froissement de l’herbe,
Le soleil est passé, des matins plein les bras.
On l’a vu, courtisant la plume en sa superbe
Et dansant sur sa flûte un refrain d’ici-bas.
Quand le soir s’en vient boire au galbe des fougères,
Il semble qu’on entend le silence des eaux
Se parer d’un manteau fait de brumes légères
Et de feuilles tombées des ailes des oiseaux.
Sur ce profond miroir, un noble cygne glisse,
Une barque fugace emporte les amants.
En son reflet d’argent Dame Lune, complice,
Cache les frôlements, les baisers, les serments.
Il se fait tard, déjà, voici que sonne l’heure
De refermer le livre où se fane le temps,
De laisser s’endormir le jardin, la demeure
Et la nuit qui se plaît à charmer les étangs.
