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Les fourmis dans les jambes(ou je voudrais vous Ivoire: un plan de coupe de la gare nord d'Abidjan)

Ce n’est pas le récit des amours buissonnières,
D’un éthologue piqué par son sujet d’études :
D’étranges coléoptères, dont les élytres éludent
Les spasmes chaotiques dont bruisse la fourmilière.

Sous sa loupe subjective, pullulent les fratricides
Chaloupes des libellules aux abdomens vert-d ‘eau,
Des friables hannetons aux pâles extralucides,
Les dociles colonies, carapaces sur le dos.

Tacite cérémonie : les serments, qu'ils resquillent,
Chorégraphient les rites du ductile phalanstère,
Sur la lamelle optique, des sarments, les brindilles
Vrombissent telles les hélices de frêles hélicoptères.

Hors des cages thoraciques et des ventricules creux,
Nimbés d’une gaze toxique, s’ébattent telles des frégates,
Flottilles de pacotilles, où saillent et brillent en creux,
Des broches de jade éteint, les facettes en bronze mat.

C’est l’objectif précis de tropicaux gavroches,
Particules secrétées par la jungle Abidjan,
Des millionnaires en rêves, têtus de la caboche,
Revêtus, pour l’occase, d’oripeaux indigents.

Gare nord, me déboussolent, les jongles funambules
Des mioches sans matricule, gardant caps (1) et bonnets,
Qui moquent, brioches confites, les ventres ridicules,
Rigolent de la fortune mais empochent la monnaie.

Ils s’en balancent du vide sous leurs godasses agiles,
Menus fétus de paille que la mort indiffère,
Ils savent le sort fragile des carnations d’argile,
Des peaux de terres brûlées, qu’éclatent les pots de fer.

Enfants d’une balle perdue, ils durent le temps d’un bal,
D’une balise de détresse, d’un saut sans parachute
D’un soufflé retombé, d’un frotté de cymbale,
D’une histoire drolatique… pour qui ignore la chute.
1) Cap signifie également casquette en anglais
Abidjan est une ville dans laquelle je stationne régulièrement

Tous droits réservés © Poème posté le 11/06/2023 par Deshaiessaintes

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