Ne me retenez pas
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Ne me retenez pas, car voici qu’il est l’heure
Pour moi de refermer le livre aux plis fanés
Où s’efface ma vie, de quitter la demeure
Où depuis si longtemps mes jours se sont lovés,
De laisser se voiler de brume la fenêtre
D’où se sont retirés les parfums des saisons,
De voir sans un regret l’aurore disparaître
Derrière le couchant, d’écouter les tisons
S’éteindre lentement sous le gris de la cendre,
D’abandonner la rive où l’on me pleurera,
De m’élever enfin, de ne plus rien entendre
Que cette autre lumière habillée d’une aura
Si puissante et si douce et si vaste et si pure
Que j’aspire à plonger dans ses ciels infinis,
De ne plus rien savoir que l’éternel murmure
De la joie sans déclin des Anges réunis,
D’embrasser pour toujours la Source inépuisable
Qui soudain me ravit aux peines d’ici-bas
Et m’ouvre en un instant sa fraîcheur ineffable.
- Ô vous tous qui m’aimez, ne me retenez pas !
