Le volcan ivre
7
Un volcan du Kamtchatka
Qui se la coulait pépère,
Ayant bu trop de vodka,
Se rêva hélicoptère.
Il se prit à envoyer
Dans les airs force buée
Et à faire tournoyer
Des panaches de fumée.
Une crise de hoquet,
Las, s'empara de ses pentes,
Jouant comme au bilboquet
Avec ses roches brûlantes.
Il s'en trouva fort confus,
Il devint soudain tout rouge
Et lança aux arbres nus :
"Halte-là ! Que nul ne bouge !"
Grondant ainsi qu'un dragon
Qui mangerait les aurores,
Il émit un rot profond
Et un vent des plus sonores.
Lors il tint à présenter,
Car ainsi le veut l'usage,
Ses excuses sans tarder
Pour ce jaillissant tapage.
C'est en anglais - "Oh, sorry !" -
Qu'il rassura l'auditoire :
"It will stop soon, don't worry !"
Mais - oh, my dear ! - quelle histoire !
Sans crier gare il tomba
Amoureux de Dame Lune
Et illico s'enflamma,
Tout à sa bonne fortune.
Parée de nombreux cratères,
Elle était belle à croquer
Car, c'est connu, les cratères
Sont critères de beauté !
Du moins, si l'on est volcan,
C'est ainsi qu'on voit la chose :
Ebriété point ne ment,
Qui repeint la vie en rose.
Il se mit à projeter
Jour et nuit des flots d'étoiles,
Voulant par là célébrer
Sa Douce nimbée de voiles.
La lune lui demanda :
"Mon ami, où as-tu gîte ?
- C'est au Katachamaka
Que je suis né, que j'habite.
- Où, dis-tu ? C'est que, ma foi,
Ce nom-là m'est un mystère …
- Le Ka… enfin là-bas, quoi !
Un genre de Finistère …"
La lune point n'insista,
Elle sourit, lumineuse,
Puis, complice, elle chanta
Une céleste berceuse.
Le volcan du Kamtchatka
S'endormit dans une ellipse,
La bouteille de vodka
Fut cachée dans une éclipse.
J'ai chipé l'idée du titre à Arthur Rimbaud
Mais le ton du poème est beaucoup moins
lyrique et majestueux ... Oups
Mais le ton du poème est beaucoup moins
lyrique et majestueux ... Oups

