La tumultueuse amour
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Il me suffit d’un rien, d’une fêlure à peine
Dans l’azur ébloui saturé de chaleur,
Pour sentir la montée de cette onde lointaine
Dont vous parez toujours votre sombre splendeur.
Moi qui suis de granit sur la côte immobile,
Moi qui veille parmi les embruns et le temps
Sur les bateaux livrés à la mer intranquille,
J’aime, je vous l’avoue, vos transports rugissants.
Vous saisissez la vague en une rude étreinte
Et la dressez soudain comme un fier étendard
Qui, s’abattant alors en une mâle plainte,
Arrache au roc blessé l’écume d’un regard.
Vous approchez, Madame, et gagnez ma retraite
Où s’abrite et se tient la mémoire des vents.
Là, vous frappez ma base, ô Déesse, ô Tempête,
Puis vous me tourmentez de vos longs doigts mouvants.
Je vous suis insoumis, mon sommet vous déchire,
Car tel doit être un phare, et tel est mon destin.
Ainsi donc je redoute, ainsi donc je désire
Cet assaut qui paraît n’avoir jamais de fin.
