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Gorgone
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(C’est le silence qui t’écoute)


J’échange mes deux bras contre une paire d’ailes
Et purge mon esprit des soucis alentour…

Maintenant, reléguant les contres et les pour
Au rang de ces raisons futiles ou formelles,
J’élance tout mon être outre l’espace abscons
Auquel l’humain moderne assujetti son âme,
Et je prends mon essor loin du cloaque infâme
Que nous fîmes avec nos dogmes inféconds.

Bientôt, striant la nue exaltante et dorée,
Je ne sais plus du sol que le seul souvenir,
S’estompant quand j’entends Pégase enfin hennir  !

- Or du galop furieux naît l’idée adorée,
Et dans la partition de son sillage blanc
La musique et le sens entrelacent leurs laisses
En une incantation proche des épiclèses  :
Le son du rythme bat comme le cœur au flanc  !

De ces hauteurs perché, surplombant, hors d’atteinte
Les migrations de l’oie et le vol du condor,
Je monte encor, Soleil, entre tes rayons d’or
Et de cuivre rougi que l’immensité teinte,
Pluie en fuite à travers d’ivres vents lumineux,
Où, tout baigné des flux de cette chevelure,
Je flotte là, follet, ralentissant l’allure,
Frayant, au firmament, avec, faste des dieux,
L’hydre cosmique, aurélie au ressac céleste  :

Fantastique anémone à l’aplomb du Grand Fond,
Elle ondoie en des flux qui viennent et qui vont,
Lançant des filaments que la masse ne leste

D’immatériel... photons, d’aucune densité…

Alors, nimbé des faisceaux clairs de l’empyrée,
Je somnole en rêvant, songerie inspirée,
Création, processus par l’étoile incité,
Où le mot nidifie à la parole éclose,
Pendant que l’hydrogène explose, aux cieux muets
Qui souffleront, pourtant, ces vers bientôt hués
Par des temps ras de terre où le poème implose...

© Poème posté le 02/05/2022 par Salus

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