Feuillaison
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C’est un élan profond tapi dans le sommeil
De la terre et du temps aux ailes suspendues,
Un frémissement d’aube aux doigts des branches nues
Qui rêveraient, dit-on, d’attraper le soleil.
C’est à peine un soupir où s’arrête le ciel :
On croirait qu’un duvet force l’écorce et pousse
Inexorablement. C’est comme un peu de mousse
Qui retiendrait la brise en des clartés de miel.
Puis, adornant le bois de broderies d’azur
D’un vert plus transparent qu’un voile de rosée,
C’est le silence-même où la feuille est posée,
Ainsi qu’en son écrin le joyau le plus pur.
Alors ce sont les nids pleins de becs grand ouverts,
De pépiements pressants, de faims inassouvies,
La caresse des jours au galbe des prairies
Et le cristal des nuits tombées de l’univers.
Là sont lovés, déjà, les serments amoureux,
Le papillon mutin, l’abeille qui bourdonne,
L’ombrage de l’été, le vieil or de l’automne
Et le parfum des soirs au pas des chemins creux.
