Comme s'il en pleuvait
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Accrochées aux talus, blondes ou roses,
Du frais crachin d’une nuit printanière,
Les primevères fraîchement écloses
Ont délogé de son sommeil la terre.
Éphémèrement, frêles et tremblants,
Suivront les coquelicots pris de fièvre
Au creux de mai que réclament les champs
Pour épouser les blés, le rouge aux lèvres.
Puis reviendra le temps des campanules,
Des lavandes bleues en vagues d’océan,
Des vifs géraniums avant que bascule
Au lit des ruisseaux l’été déclinant.
Alors se dresseront les chrysanthèmes
Sans parfum, sous de grands ciels assombris,
Quand l’automne jettera l’anathème
Sur tant d’insouciance et de fantaisie.
Et des jours trop courts figeront les heures…
Puisque l’hiver l’aura mise en déroute,
Cette ambiance de fleurs, toute intérieure,
Dans l’âme nous coulera goutte à goutte
Jusqu’aux prochaines odeurs de narcisses
Sous la vitre bleue du ciel décrassé,
Comme aujourd’hui, quand aux arbres s’esquissent
Des blanches fleurs comme s’il en neigeait.
