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Nuit transylvaine
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Tremblez, vallons obscurs ! Tremblez, forêts profondes !
Car s'élève déjà dans le soir qui descend
La confuse frayeur d'un fantôme naissant
Dont les doigts d'outre-tombe ont parcouru les mondes.

Il semble que déjà l'ombre du ciel s'allonge ...
Ce hurlement, là-bas, est-il celui d'un loup
Ou celui d'un errant, d'un possédé, d'un fou ?
Tremblez ! Car c'est la nuit qui sous la terre plonge ...

Car la nuit n'est que nuit, et l'ombre est un abîme
Où se cogne l'écho d'impossibles regrets ;
Néant sont les vallons, ténèbres les forêts
Où l'âme guette en vain l'ultime et le sublime.

Rien ne bouge au château - Tremblez, forêts obscures ! -
Puis soudain apparaît le Prince des dragons,
Le funeste Empaleur - Tremblez, profonds vallons ! -
C'est son heure à présent, pleine de froids murmures.

L'épouvante saisit le cristal des étoiles,
Quand la main du géant, fulgurante, s'abat
Sur quelque infortuné pèlerin trouvé là,
Qu'une terreur glacée transperce jusqu'aux moelles.

Lors, le seigneur des lieux mord cette gorge nue,
Car il faut à sa soif le sang d'un corps vivant
Et l'immortalité qu'il transmet dans l'instant
A celui qu'il immole à sa quête éperdue.

Par bonds hallucinés il rentre en son domaine
Où les miroirs défunts, ses dociles sujets,
Se figent, sans reflet, aveugles, sourds, muets,
Tant son silence est lourd d'une douleur humaine.

L'effroi les pétrifie, l'air-même se retire,
Car depuis le couchant les choses vont ainsi,
Et jusqu'à l'aube pâle elles iront ainsi :
Le maître de céans n'est autre qu'un vampire.

Il ignore les traits de son propre visage,
Le jour à peine éclos ne le voit que de dos
S'enfuir pour retrouver un trépas sans repos
Le long des siècles morts qui cherchent le rivage.

Que sait-il d'ici-bas, lui qui parcourt les mondes
Où ce qui s'achevait ne fait que commencer ?
Mais n'entendez-vous pas le soleil s'effacer ?...
- Tremblez, vallons obscurs ! Tremblez, forêts profondes !




Dans ce texte passe le fantôme de Vlad Dracul,
obscur seigneur des Carpates,
dont le nom signifie "le Dragon" ou "l'Empaleur".
C'est cette figure qui inspira à Bram Stocker
le personnage du vampire Dracula.


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© Poème posté le 21/02/2020 par Ombrefeuille

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