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Voici ce qu'il m'advint une nuit, du moins me semble-t-il ...
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Les sorcières n'étant plus
Ce qu'elles furent naguère,
Une nuit je résolus
De me faire passagère
De ces mondes souterrains
Où se tient l'ombre complice
Des derniers esprits sylvains
Sur lesquels la lune glisse.

Par la gare je passai,
Dans la lumière électrique,
Et ramassai sur le quai
Un balai supersonique.
Je l'enfourchai aussitôt,
Mais il voulut me séduire,
Me demandant tout de go
Si je saurais le conduire.

"Vole, dis-je, et sans traîner !
Le temps presse, le temps coule.
Qu'as-tu donc à discuter ?
Aurais-tu perdu la boule ?"
Vexé, le balai siffla
Puis décolla en vitesse,
Fit des loopings, zigzagua,
Simulant même l'ivresse.

Droit vers les tours de béton
Sans hésiter nous cinglâmes,
Et sur un parking sans nom
Soudain nous nous arrêtâmes.
Je dis : "Abracadabra !"
(Et pourquoi pas "Tralalère" ?!).
Lors, devant moi s'éleva
Une forêt millénaire.

Nous entrâmes par grand froid
Sous la ramée endormie,
Et là je fis "Chut " du doigt,
Car dans la mousse tapie
Au pied des troncs élancés,
Se cachaient, j'en étais sûre,
Des trolls qu'aurait dérangés
Le frôlement d'un murmure.

A deux mains, donc, je serrai,
Sans souci de lui déplaire,
Le manche de mon balai.
C'est alors que de la terre
A peine une onde monta,
Brise calme et caressante :
Elle nous parachuta
Dans la courbe d'une sente.

Emerveillée, j'entendis
Le choeur des feuilles tombées,
Dans son souffle je saisis
Quelques âmes envolées.
De la paume je touchai
Une souche pourrissante,
Et d'un geste la changeai
En fougère exubérante.

Brusquement je remarquai
Comme un silence, une absence :
Sapristi ! Plus de balai !
"Celui-là, c'est bien ma chance !
Peste soit de ce frimeur !
Ah, le goujat ! Oh, le mufle !
Si je t'attrape, lâcheur,
Je te ..." Cherche rime en -ufle ...?! ;)

Une elfe, avec un clin d'oeil,
Nota : "Filé à l'anglaise".
Je retins : "Je m'en bats l'oeil !"
Et posai : "J'en suis fort aise !"
Inspirée, elle reprit :
"Ecoutez sonner la cloche ..."
Ma réponse la surprit :
"C'est mon réveil dans ma poche".

Qu'était ce ronronnement ?
Le premier bus dans la rue.
Mais dans mon appartement
Une fragrance ténue
Flottait : mousse et bois mêlés,
Feuilles dans l'ombre posthume,
Champignons longtemps cherchés,
Aube aux écharpes de brume ...




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© Poème posté le 10/11/2019 par Ombrefeuille

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