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Le vol du faux bourdon
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On me connait si mal, moi l’abeille virile,
Que l’on m’a baptisé sans façon faux bourdon,
Vague cousin avec lequel, à part le nom,
Je n’ai de commun que l’existence futile.

L’histoire de ma vie n’est pas une fadaise :
Je suis fils d’une reine ayant eu moult amants,
Mais ne proviens d’aucun de ses accouplements
Car je fus conçu par la parthénogenèse.

Les enzymes que m’ont insufflés mes nourrices,
Alors que je n’étais qu’un œuf non fécondé,
Ont fait de moi ce que la ruche a décidé :
Un abeillon doté d’un viril appendice.

Ne sachant butiner ni fabriquer le miel,
Dépourvu d’aiguillon, donc soldat inutile,
Je suis prince consort d’un gynécée fébrile,
Contraint de m’envoler, un jour, au septième ciel

Pour servir d’étalon lors du ballet nuptial
Où se fête entre mâles et vierges la noce,
Fatale pour Monsieur, orgiaque et féroce,
Car il perdra la vie dans cet enjeu martial.

Madame rentrera, engrossée pour toujours,
Et donnera naissance à des millions de filles.
Mais elle aura gardé quelques germes stériles,
De futurs garçons puis faux bourdons à leur tour.

© Poème posté le 06/08/2019 par Oxalys

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