Salive de lune
3
Cette intuition que j’envenime clôt,
Des immatures lendemains de suie,
L’amusant babil rhétorique, flot
De ce langage au son mouillé de pluie.
Il faut pourtant que je m’explique : l’art
Vrai que je vise et j’envie est lithique !
Sculptant toujours mes traits sans pennes, l’arc
Sûr de ma joie, où que ma peine oblique,
Lâche au hasard l’heur de ses flèches saoules ;
Héraclès de cahier, bandant si fort,
Avec, sous le papier, l’air noir des goules !
Désert sans faim, pâle, où la Muse dort…
Et j’ai violé des catacombes, ciel !
Hélas ! ne qu'entrevoir cet autre monde,
Depuis la tombe au cloaque abject, miel
D’un or liquide, inaccessible, Om ! Onde !
Dès lors, dans l’abîme à démêler, fou,
Tout de galop, Pégase, en coryphée,
S’échine, pour ailer mon discours, flou,
A fourbir les mots cachés d’une fée…
O, que nous vienne une langue lascive !
Paroles, d’un été réinventé,
Que purifie, étrange chant, lessive,
L’urgence au cri de mon futur hanté !
A trop voir flotte l’œil fatigué ; vain,
Tout espoir creuse un sillon monotone,
Il n’y pousse, aride, qu’un seul plant, grain
Unique, issu d’un esprit catatone.
J’arracherai du vif au réel ! pris
Dans cette trame arachnoïde, ourlée
Par la chrie inepte et d'affreux bruit, cris
De rhéteurs analphabètes ! Hurlée,
Insulte et fâche, aux émois des nuées,
Le gazeux génie aérien, la foi !
La poésie ouvre, aux lettres huées
Toute une vie où l’éternel fait loi.
Musicien, peintre, ou poète épris : - Han !
Dressons la pierre et nos autels de boue !
Sous l’écorce, au magma des volcans, l’an
Zéro d’arts premiers forge un outil, houe,
Pic, rudimentaire araire, pieu, soc !
Qui creusera l’ancienne idée arable,
Notion mordue au temps feulant, dent ? croc ?
Toujours fertile et toujours désirable !
Et nous pourrons danser sous les comètes,
Loups ! L’âme aux lunes, pâles brumes, nous
Réentendrons le chant roux des planètes !
En des nuits sans fond, dans l’œil des cieux fous…
