Lespoetes.net

La poésie sur internet

Précédent Suivant

Le pain des années-misère
9

Glose d’après le poème de Raymond Queneau « L’inspiration »

De son juchoir
dominant le vaste gynécée
où vivent ces dames de la gent Gallinacée,

la poule laisse choir,
n’ayant pas eu le temps de se glisser
dans le discret refuge du nichoir,

un œuf.
La pauvrette, d’habitude, s’y prend à temps,
pour déposer sans aléa son précieux chargement.

C‘est une imprudence,
un grain de folie proche de l’outrecuidance
qui fit perdre la tête à la blanche poulette

Un moment d’absence
durant lequel elle se rêvait grande vedette,
de tous les coqs du canton tournant la tête.

Mais il tombe pouf
sans vagissement ni plainte ni esbroufe
avant que notre écervelée ait dit ouf

dans la paille.
Ainsi par chance, le drame fut évité
d’une brouillade sur coquille émiettée.

la fermière était prévoyante,
sage femme pour jeunes parturientes
rêvant d’une carrière hors du poulailler.

Combien de poèmes brisés
n’ont pas cette chance et finissent, méprisés
dans la pâte à foncer le moule des chimères

que ne recueille aucun recueil.
Et de leurs illusions ayant fait le deuil,
Ils prennent le goût du pain des années-misère.
L’inspiration (Raymond Queneau)



De son juchoir

la poule laisse choir

un oeuf

c’est une imprudence

un moment d’absence

mais il tombe pouf

dans la paille :

la fermière était prévoyante

combien de poèmes brisés

que ne recueille aucun recueil.


© Poème posté le 23/02/2017 par Oxalys

...
× Illustration agrandie