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La peine enchantée
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Chaque soir, je porte ma peine comme un manteau d’ébène,
Riche des failles et des chagrins qui collent à ma peau.
Magnifié d’une tenue d’apparat tirée de mes veines,
Je suis un chanteur triste. De mal en peine mes maux
Sèment des pépites d’or sur le blues de mes rengaines.
Ils habillent ma voix de satin brodé de sanglots,
Du brillant sur mes lèvres peaufine mon costume de scène.

Et je chante ma peine comme mon jardin d’Eden,
Les pleurs du chanteur, une bruine divine…

Chaque soir, j’invoque la mélancolie, mes plaintes
Donnent à mes complaintes l’accent tragique du sublime.
L’émotion donne le ton, au son de mes charmes
La tristesse offre en spectacle le gouffre de mon âme.
Ravi, le public respire à perdre haleine mes larmes
Qui roulent en perles de fleurs jetées, au rappel ultime,
Je lève les bras pour remercier Dieu d’une étreinte.

Et je chante ma peine comme une folie souveraine…
Malheurs et douleurs, victimes assassines…

Chaque soir mon âme abîmée oublie l’insouciance,
Les cris de joie, les mots d’amour glissent sur mon cœur,
La souffrance devient mon guide, elle me met en transe,
Fait de moi un artiste adulé. Un jour, sans rancœur,
Vous inscrirez sur ma tombe, à ma vie donnerez sens :
« Drapé dans ses tourments, ils ont fait son bonheur,
Et transcendant son art, il a saisi sa chance. »

Et je chante ma peine, comme une heureuse aubaine,
Chanteur accoucheur de comptines chagrines….

© Poème posté le 06/02/2017 par Myotte

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