Lespoetes.net

La poésie sur internet

Précédent Suivant

Le silence des sirènes
2

Toujours ce doute t’étreindra Ulysse
Quand lié au mât, guettant le supplice,
Tu cru entendre le chant des sirènes;
Si c’était le râle d’une murène,
Le cri sauvage d’une vague morte,
Les pleurs d’un marin que la houle emporte
Le rire des Dieux au fond des abysses
Ou le désespoir d’être seul, Ulysse ?
Longtemps, tu prétendis les avoir vues
N’était-ce pas des formes inconnues
Que les nuages sculptent à l’aurore,
Que la bise souffle sur les brisants
N’était-ce pas ce puissant égrégore
Qu’un peuple espère depuis si longtemps
Ou le désespoir d’être seul, Ulysse ?
Car ce fut là leur plus beau sortilège
Qui sur toi se referma comme un piège
Toi, le maestro aux mille malices,
Le jongleur rusé aux mille desseins
N’est-ce pas leur silence hautain
Qui t’a envouté, perfide destin !
Fut-il plus vain ce noble sacrifice
Que le désespoir d’être seul, Ulysse ?
A présent en ces murs cyclopéens
Les jours s’évaporent en doux parfums,
Pénélope tisse tes nuits d’embruns,
Mais quand ton chien lèche ta plaie ancienne,
Que tu flattes ce fidèle complice,
Au fond de ses yeux vois-tu les sirènes
Ou le désespoir d’être seul, Ulysse ?

© Poème posté le 25/11/2016 par Banniange

...
× Illustration agrandie