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Le carillonneur de l’île
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Il jouait du carillon tous les dimanches
Pour les âmes pieuses des îles blanches.
Dans un prieuré aux cloches affolées,
Le musicien jouait ses airs martelés.

Sa musique vibrait de la nef au chœur
Et son âme esseulée tourmentait son cœur
Épris d’une belle et jeune paroissienne
Qui venait à la messe chaque semaine.

Le sonneur de cloches rêvait constamment
À sa jolie croyante aux cheveux d’argent.
Le sonneur de cloches rêvait constamment
À sa charmante dévote au cœur dormant.

Les dimanches avant l’office divin,
Il faisait risette pour sa douce en vain ;
Ensuite, il carillonnait son contre-chant
Dans l’espoir de la conquérir sur-le-champ.

Malgré son talent et sa fougue amoureuse,
Son bel art n’atteignait pas la vertueuse ;
En voyant la belle au caractère rosse
Lui infliger torture à son cœur d’Éros.

Il partit après sa grande prestation
Dans une folle utopie de damnation.
Il partit après sa grande prestation
Sans espoir de salut et de rédemption.

Un jour, sachant qu’elle s’était mariée
Au fils du notaire au mois de février ;
L’artiste aux cloches cessa net de jouer
Sur ses stupides clochettes enjouées.

Un soir, devant son carillon silencieux,
Il méditait affairé d’un air soucieux ;
La nuit, voyant sa torpeur au regard vide,
Il mûrit une arrière-pensée avide.

Au matin, sa bien-aimée vit attacher
Près du beffroi sonore, un homme amoché.
Au matin, sa bien-aimée vit attacher
Le carillonneur pendu à son clocher.

Tous droits réservés © Poème posté le 08/06/2016 par Claudel

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