Le Nord, qu'on a voulu baptiser Hauts de France,
Qui ne s'est laissé faire, a conservé son nom,
Plat pays, Pays noir, l'un, l'autre clair surnom,
Raccourci du réel, à prendre sans outrance.
Autant que les clichés où dominent le froid,
Les brumes, la rigueur d'une hostile nature,
Des ciels tristes et bas pour unique peinture,
Et, dans l' « Enfer du Nord », les vélos du sang-froid.
Tableau sombre, ô combien ! les mineurs, « gueules noires »,
Silicose, grisou, misère, coups du sort
À se concilier si l'on veut du ressort,
Glissent, au quotidien, sur quelles patinoires !
Existent, par bonheur, force azurs lumineux,
Chez les peintres flamands, magique leur palette,
Maint canal où péniche, en l'onde, se reflète,
Moulins, dunes, étangs, longs cordons sablonneux.
Asile des polders, cultures maraîchères,
Où vit l'agriculteur mais aussi le pêcheur,
Gravelines, Dunkerque : un profil accrocheur,
La plaine littorale est riche en valeurs chères.
Fossés le quadrillant, agricoles marchés,
Ici, des champs de blé, là, ceux de betterave,
C'est, Flandre maritime, un territoire brave,
Sitôt conquise l'eau, les sites défrichés.
Puis, à l'intérieur, il est une autre Flandre,
Ouverte aux petits bois, le sol point ne chômant,
Polyculture à plein et bovin performant,
L'habitat dispersé ne prêtant à l'esclandre.
Se dit Jardin du Nord, quant à lui, l'Avesnois,
Même Petite Suisse, éteint mont pour colline,
De l'herbe la prairie oh ! loin d'être orpheline,
Près du Pays du bois, de nos jours, à la noix.
Lille, Roubaix, Tourcoing fondent économies
Sur textile, pur or : laine, coton, et lin,
Cambrésis au travail, dans cette branche, enclin
Comme la région, voisine, de Fourmies.
Dans les boyaux du globe, abîmes d'océans,
Ch'ti mi carnavaleux, fêtard, colombophile,
Bouliste, coqueleux, claironneux qui défile,
Aura, toujours, au cœur, l'âme de ses géants.
Le 9 juin 2014.
