Exerçant leur pouvoir, les puissants de ce monde
Ont tôt fait d’envoyer nos enfants sur les fronts
Pour d’obscures raisons, souvent l’oseille immonde
Inventant ennemis et, à laver, affronts.
Que chacun de bon cœur se prête à la manœuvre !
Dare-dare on égorge, on éventre à tout va,
Au rendez-vous mitraille, atome, un pur chef-d’œuvre,
Silence bienveillant du Très-Haut, Jéhovah.
Soyons bons citoyens ! Sachons courber l’échine !
Puisqu’on nous dit « Foncez ! », dès lors, eh bien ! fonçons !
T’occupe que ce soit la Russie ou la Chine,
Un ordre c’est un ordre et non mot d’échanson !
La bravoure ça paie : on entre dans l’Histoire,
Qu’on raconte aux petits, les yeux émerveillés,
D’autant que, manié le bel art oratoire,
L’hécatombe devient poème ensoleillé.
Quand le jeu de massacre est fini, vite on fête,
En renfort les boiteux, les éclopés, tordus,
Couvrant les chefs debout, ignorant la défaite
De ceux qui sont crevés, héros bien entendu !
Sauf un méchant quidam, dedans toile d’épeire,
Que l’État, non pourri mais rien qu’un peu ripoux,
Criblé d’éclats d’obus (pas les charlots, mon père),
Lâcha, pis que cochon, quand s’arrêta son pouls.
Le 27 août 2014.
